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Tome second.
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NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.

«marécages, les habitations humaines y« sont aussi rares que les champs cultivés.

« L’ennemi peut nous céder de telles pro-« vinces sans se compromettre ; nous ne« serons pas plus à notre aise dans les« marais de la Bérésina, de Lepel et du Pri-« petz, que nous ne le fûmes jadis dans les« boues de Pultusk et d’OsIrolenka. Tout« deviendra difficulté, si l'ennemi, conduit« par un nouveau Fabius, temporise et se«replie sur ses moyens, sur son centre« d’action et de puissance. La première«guerre de 1807 a réussi, grâce aux res-« sources immenses de la vieille Prusse et« des nombreuses villes qu’elle renferme ;« c’est Dantzick, Elbing , Thorn, Brauns-« berg , Osterode, Allenstein, Eylau, Gus-« tadt, Holland, Bischofswerder, l’île de« Nogat, qui ont permis d’y alimenter une« armée de 150 mille hommes. Mais les« hameaux de la Lithuanie , peuplés de misé-« râbles Juifs , ne pourront rien offrir pour« notre subsistance, pour les hôpitaux, pour« les dépôts ; les cantonnements mêmes n’y« seront jamais que de mauvais bivouacs« déguisés.

« Serait-il prudent de lancer notre armée« dans ces déserts lointains, à travers tous« les pays soulevés par notre politique enva-« hissante ou par les ravages des campagnes« précédentes ? de demander nos points« d’appui à cette Prusse humiliée et foulée?« Est-il sage de tracer une ligne d’opérations« de 500 lieues sur eette terre ennemie qui,

« semblable à la cendre des volcans, cache« des feux terribles dont la moindre étin-« celle peut produire l’explosion [1]?

« Livrerons-nous, durant cette longue et« périlleuse entreprise, la France à tous« les coups que ses ennemis voudront lui« porter, en mettant de nouveau en ques-

LO Paroles de M. de SOgur.

« tion la sûreté et la tranquillité intérieure,« en troublant le sommeil des partis? »

chances mililaires sur lesquelles je compte.

Toutes ces raisons, qui semblaient sansdoute des obstacles, n'étaient pas suffisantespour me déterminer. Mon génie consistait àembrasser d’un coup-d’œil rapide toutes lesdifficultés d’une affaire, mais en même tempstoutes les ressources propres à triompherde ces difficultés : c’est à cela que j’ai dûma supériorité. Je dois l’avouer pourtant,quinze ans de succès non interrompus m’a-vaient entraîné à un excès de confiance quime faisait abonder dans mon sens. J’aper-cevais les obstacles, mais j’en tenais peu decompte, parce que j’avais toujours su lesvaincre. Je n’ignorais pas que la Russie ,adossée à la mer glaciale et aux déserts de lagrande Tartarie, était difficile à subjuguer;qu’il serait impossible de poursuivre sonarmée et son gouvernement, s’ils décam-paient devant nos aigles jusqu’à l’Oural ;mais je savais aussi que plus cette puissanceest vaste, plus elle dépend de son centrede vie ; or ce centre de vie, c’est Moscou ,Petersbourg et l’armée.

J’avais la plus grande estime pour l’arméerusse ; si mes bulletins et le Moniteur ontété rédigés quelquefois de manière à fairesoupçonner le contraire, c’est que j’avaismon intérêt à ce que la chose fût ainsi : maisplus j’avais de considération pour cettearmée, plus j’étais convaincu qu’elle faisaittoute la force de la Russie . Je pensais quel’amour-propre des Russes ne leur permet-trait pas d’évacuer la Lithuanie sans unebataille générale; et si je remportais entreWilna, Smolensk ou Witepsk . une victoirecomme à Friedland ou Austerlitz, l’Europe entière ne serait-elle pas à mes pieds/Aurais-je jamais livré bataille avec un plusgrand but, un résultat aussi immense et des