CHAP. XVIII. CAMPAGNE DE 1812.
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probabilités aussi positives? J’avais décidédu sort de l’Europe à Austerlitz et à Fried-land avec 80 mille hommes. n’était il pasplus probable que je le fixerais avec 450 mille.Et sila fortune voulait que je livrasse une pre-mière bataille indécise comme celle d’Eylau,que j’y perdisse un nombre égal de braves,sans obtenir de résultat, ne me restait-il pas4oo mille hommes sous la main pour recom-mencer et obtenir enfin un de ces succès dontj’ai accablé mes ennemis durant vingt ans.
Avec tant de probabilités pour moi, fallait-il laisser à mon successeur la tâche de sou-tenir sur la Vistule une Pologne imparfaite,et de tenir tête en même temps à l’Angle-terre et à tous ceux qui, après moi, vou-draient faire revivre les intérêts des Bour-bons? Sans doute il eût mieux valu laisserà mon fils la chance d’une lutte incertaineau Nord, que d’aller mourir en exil à Ste-Hélène; mais quand tout militait en faveurde cette entreprise; quand on pouvait, enquelque sorte, la réduire à une combinaisonde mouvements de magasins, en m’accordantla presque certitude de vaincre dans lescombats, tout ajournement ne semblait-ilpas une faute qui devait mettre du côté demes ennemis les chances qui aujourd’huiétaient en ma faveur? Je l’avoue, je fus si fortdans l’illusion, que je regardais cette guerrecomme beaucoup plus sûre, ayant l’Autri-che et la Prusse avec moi, que ne l’avait étéma course sur Eylau en i807, alors que l’Au-triche pouvait descendre sur mes derrièresentre l’Elbe et l’Oder , relever le couragedes Prussiens, et me fermer toute retraite.Aujourd’hui je partais basé sur Dantzick,sur Graudentz, sur Modlin, sur Varsovie ,à la tête des forces de toute l’Europe ,
[t] Dans le moment de repos qui suivit la ba-taille d’Eylau, Napoléon avait senti l’avantage d’or-ganiser militairement les équipages des vivres quiétaient auparavant des charretiers loués par une
il.
comment prévoir un fâcheux résultat! !
A ces raisons concluantes, j’ajoutais queje ne craignais point les partis; que je gou-vernerais l’empire de mon quartier-général,comme dans les guerres précédentes; quel’impératrice assisterait à mon conseil; quela nation entière, classée en trois bans, don-nerait 120 mille hommes du premier bandans la vigueur de l’âge, qui, organisés encohortes et commandés par des cadres tirésde la ligne, vaudraient des vétérans pourgarder nos places, nos ports et l’intérieur dela France. Je ne craindrais pas l’Allemagne ,puisque j’emmenerais avec moi des corpsd’élite d’Autrichiens et de Prussiens commeotages. Je ne redoutais pas des débarque-ments de la part des Anglais , assez occupésà nous tenir tête en Espagne , et dégoûtéspar l’expédition d’Anvers . Enfin, quant auxvivres, j’achèterais aux Polonais les grainsdont ils ne savaient que faire, je les entas-serais à Dantzick au lieu de les exporter.En échange de cet argent, les Polonais mefourniraient so mille bons soldats ; j’achè-terais des bœufs en Gallicie ; j’organiseraisvingt nouveaux bataillons du train desvivres, pour augmenter nos transports [i].La Prusse nous devait des millions depuis lapaix de Tilsit ; elle me céderait les grandsmagasins quelle avait amassés. J’aurais der-rière moi pour un an de vivres. Toutes cesmesures me rassuraient : je n’avais envied’imiter ni Cambyse, ni l’empereur Julien ,ni Crassus ; et je croyais bien m’être entière-ment mis à l’abri d’un désastre pareil àcelui qu’ils essuyèrent. Je pouvais échoueret revenir sur la Vistule ; mais c’était,selon moi, le maximum du mal qui pou-vais m’arriver. Les chances de l'entreprise
compagnie de fournisseurs. 11 les organisa en ba-taillons d’équipages militaires , traînant iso grandscaissons à quatre chevaux, à l’instar du train d’ar-tillerie.
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