Band 
Tome second.
Seite
186
JPEG-Download
 

186

NAPOLEON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.

bien posées, il ne fallait plus que reconnaîtresi le moment de la tenter était venu, et s’ily avait moyen de la différer.

Explications vagues avec la Russie .

Jusque-là les récriminations s’étaient bor-nées à des plaintes vagues et à des explica-tions incomplètes, à des rassemblementsde troupes réciproques : les griefs ne man-quaient pas, mais on les articulait tout bas,de crainte de brusquer une rupture dontchacun semblait redouter les conséquences,ou désirer du moins l’ajournement. Je sa-vais seulement que la Russie se plaignait del’augmentation du duché de Varsovie , desréunions faites à mon empire et notammentde celle d’Oldenbourg : elle désirait Dant-zick en échange de cette principauté ; maisquant au duché, elle ne pouvait rien articu-ler de positif, sinon qu’elle avait droit de seplaindre et de concevoir des craintes ; ellelaissait entrevoir que le seul moyen de lasatisfaire eût été d’exécuter littéralementles articles du traité de Tilsit relatifs à laPologne . Quant à moi, je me plaignais desinfractions au système continental, des nou-velles lois contraires au commerce français et des rassemblements de troupes.

Motifs qui me font tenir au système continental.

Si la Russie eût consenti à rester dans lesystème continental, je n’aurais pas mieuxdemandé que de maintenir nos relations,car ce système commençait à porter sesfruits. La détresse des fabriques anglaisesse manifestait dans les révoltes d’ouvrierscontre des machines qui doublaient les pro-duits, lorsque tous les débouchés étaientfermés. La misère de la classe manufactu-rière étaità son comble. Au parlement même,Brougham signalait les ordres du conseilbritannique comme les causes de la détressepublique : les billets de banque perdaient

considérablement, et le change sur Londres ,tombé à 70 pour cent, dénotait la situationdes rapports du continent avec l’Angleterre.Il m’en coûtait trop de devoir renoncer àtous les avantages de mon système, à l’in-stant où je me flattais d’en recueillir lesfruits. S’il fallait voir arriver ce résultat parun rapprochement de la Russie et des -An-glais , alors la guerre me paraissait préféra-ble, parce que du moins j’espérais frapperdeux coups à la fois. Le premier, de provo-quer le rétablissement de la Pologne ; lesecond, de forcer la Russie , ainsi affaiblie,à reprendre le système continental. Je meflattais même que le grand déploiement deforces que je mettrais sur pied effraieraitle cabinet deSt-Pétersbourg, qui ne me sup-posait pas autant de moyens, et que celasuffirait pour aplanir tous nos différends. Jene pouvais reculer sans faiblesse, et Alexan-dre, de son côté, avait résolu de secouer lesobligations que lui imposait un traité donttoutes les bases se trouvaient déjà sapées.

Il n’était guère plus facile de nous enten-dre sur les autres points. Je consentais bienà m’interdire toute coopération au rétablis-sement de la Pologne ; mais remettre leschoses sur le pied convenu à Tilsit était diffi-cile à cause de la Gallicie qu’on y avait annexée.

Occupation de la Poméranie suédoise.

Pendant que nous échangions nos griefsréciproques, les événements se pressaientde manière à les augmenter. Le dépôt an-glais du rocher d’Héligoland était devenu undes plus riches bazars de l’ancien monde;c’étaitaussi un arsenal militaire et politique.De là les marchandises coloniales se répan-daient dans le Nord sous le pavillon améri-cain, et sur les côtes entre la Hollande etLubeck par de petits caboteurs contreban-diers. L’occupation des villes anséatiquesleur avait fermé tout accès; mais il restait