Band 
Tome second.
Seite
201
JPEG-Download
 

CHAP. XVI11. CAMPAGNE DE 1812.

201

ses provinces pour notre bon plaisir.et

quelles provinces? cette même Pologne , quifaisait le sujet de la guerre, et qui se fût in-surgée dès qu’on l’eût évacuée par faiblesse.L’empereur Alexandre savait trop ce qu’ildevait à sa gloire, à son empire et à la mé-moire de son aïeule, pour en agir ainsi. Ilpouvait fermer les yeux sur une réunionqui me donnait pied dans la Baltique con-tre son intérêt manifeste ; mais le senti-ment de ses devoirs lui disait qu’il ne pou-vait pas nous abandonner les destinées dela Pologne, car celles de la Russie en dé-pendaient. Quelles combinaisons eût doncamenées l’arrivée de Balaschof, si elle avaiteu lieu huit jours plus tôt? était-ce la res-tauration de cette Pologne en faveur d’ungrand-duc de Russie ? était ce le partage del’empire ottoman ? La première de ces opé-rations était tout juste le contraire du butque je me proposais ; la seconde n’eût pro-bablement pas aveuglé Alexandre, peu dis-posé à étendre les grands bras de son empirevers Constantinople , quand le- cœur res-tait en prise par la position hostile duduché de Varsovie . Le traité de Vienneavait détruit toute sa confiance : mes pro-jets les plus sincères ne lui paraissaientplus que des leurres ; et les intriguesdont j’ai parlé avaient encore augmenté sadéfiance.

Quoi qu’il en soit, loin d’amener la paix,le retour de Balaschof à Drissa devint enquelque sorte le signal d’une guerre à ou-trance. Des bruits, parvenus jusqu’à moidans mon exil, m’ont fait croire qu’il avaitexagéré à l’empereur Alexandre les expres-sions acerbes dont je m’étais servi. J’ignoresi ces bruits étaient fondés; mais j’ai supposéque cette aventure et celle de Speranski avaient semé dans l'âme d’Alexandre unlevain de haine contre moi qui influa surtoutes ses déterminations, et qu’il était loinu.

de professer après nos entrevues de Tilsitet d’Erfurth [ 1 ].

La diète de Varsovie proclame le rétablissementde la Pologne .

Je reçus aussi à Wilna la députation duroyaume de Pologne. Mon ambassadeur dePradt n’avait pas eu grand’peine à les en-gager à la démarche décisive de proclamereux-mêmes la restauration de leur patrie.La diète décréta le rétablissement de laConfédération polonaise; mais on s’en tint àdes phrases ; les provinces occupées par lesRusses ne bougèrent point, et tout se bornaà la levée lente et tardive de quelques régi-ments lithuaniens, et à l’envoi à Wilna d’unecommission exécutive du royaume pouii’or-ganisation de la province. Je ne pouvais,sans mécontenter l’Autriche et sans rompretout moyen d’arrangement avec la Russie ,reconnaître formellement et définitivementle nouveau royaume. Je promis de m’inté-resser à son sort, lorsqu’il s’agirait de trai-ter de la paix ; la prudence et les convenancesmêmes m’interdisaient d’en dire davantage,bien que je fusse déterminé à tout faire pourarriver à ce rétablissement.

Les États-Unis déclarent la guerre aux Anglais . —Nouveau ministère.

Un événement assez grave vint augmen-ter l’importance de mon séjour à Wilna :c’était la déclaration de guerre des États-Unis à l’Angleterre. Vexés par l’exécutiondes ordres du conseil britannique, commepar notre système de représailles, les États-Unis avaient obtenu de moi la promessede retirer les décrets de Berlin et de Milan en ce qui concernerait les Américains ; dès

[ 1 ] Nous avons déjà fait sentir te vague de ces sup-positions, et la vraie cause du changement dont Na-poléon s’est plaint.

( Éditeurs.)

2<i