CHAP. XVIII. CAMPAGNE DE 1812.
205
suivit jusqu’à Polotsk , d’où il partit ensuitepour se rendre à Moscou et à St-Péters-ltourg, afin d’exciter la noblesse et le peupleà un armement général. Il fait reconnaîtredes positions jusque sur le Wolga pour yétablir de vastes camps retranchés , où ceslevées se rassembleront et s’organiseront.Des travaux considérables sont ordonnés àcet effet à Nijeni-Nowogorod, aux confinsde l’Europe .
Opérations de Barclay pour gagner Smolensk .
En conséquence du système arrêté àDrissa, Barclay, après avoir laissé dans lesenvirons de cette ville un corps de 25 millehommes sous les ordres du comte de Wit-genstein pour couvrir la route directe dePétersbourg, s’était remis en marche en re-montant la rive droite de la Dwina. Il étaitdéjà à Polotsk au moment où nous arrivionsà Gloubokoë. Toutefois je ne perdais pasencore l’espoir de tourner sa gauche : lemoindre retard dans sa marche nous auraitdonné la faculté de le prévenir à Witepsk .Je me rabattis donc sur cette ville. Le2i juillet, nous atteignîmes les bords de laDwina à Beehenkowiczi. Une reconnais-sance que je poussai à la droite du fleuvem’ayant fait voir que l’ennemi avait déjà filésur Witepsk , je dus continuer à me portersur cette ville par la rive gauche. Il ne merestait que peu d’espoir de devancer l’en-nemi, et je pus juger alors tout le prix dutemps que j’avais perdu à Wilna [i]. Cepen-dant pour regagner Smolensk , Barclay étaitforcé de repasser à la gauche de la Dwina,afin d’atteindre Witepsk et le chemin deRoudnia : l’opération était des plus hasar-
[i] Quelque motif que les admirateurs de Napo-léon puissent donner à son séjour à Wilna , durantdix-sept jours, il est certain que ce séjour fut lafaute militaire la plus grave de sa vie. S’il eût mar-elle incontinent avec la garde et Davoust sur Minsk ,
denses, car si nous arrivions à temps, il se-rait forcé à livrer bataille avec la rivière àdos, comme Benningsen à Friedland. Enconséquence , il se hâta de diriger sur Be-chenkowiczi une avant - garde d’environ12 mille hommes pour retarder notre marche,et gagner ainsi le temps de rallier le corpsdu général Doctorof,qui, ayant fait l’arrière-garde de son armée sur la route de Polotsk,se trouvait encore sur la rive droite dufleuve.
Combats d’Ostrowno.
Le 25 et le 26, Murat eut de rudes enga-gements avec l’arrière-garde ennemie prèsd’Ostrowno. Faute d’infanterie, il ne put en-tamer le premier jour le corps d’Ostermann,que la nature boisée du pays favorisait ; debrillantes charges eurent lieu toutefois surles colonnes russes qui n’avaient pas craintde prendre.l’offensive, et furent ramenées.Ostermann, instruit de l’arrivée de la divi-sion Delzons qui nous donnait l’avantage surlui, se replia en bon ordre. La nuit séparales combattants. Au jour, Murat renouvelases attaques : secondé par le vice-roi, il seflattait d’entamer des troupes ébranlées laveille, mais Barclay les avait relevées dansla nuit par le corps frais de Konownitzin.Le combat fut plus chaud encore que leprécédent: les Russes tinrent ferme; notregauche , voulant les déborder, fut assaillieà propos par leur réserve, et ramenée; maisla droite sous Roussel ayant débordé l’en-nemi, Konownitzin se mit en retraite en bonordre, et. Touczkof, envoyé à son soutien,le recueillit à Komarki. Ces renforts, dis-posés à propos, arrêtèrent encore l’ardeur
il eût sans doute enveloppé Bagration S’il eût, aucontraire, suivi Barclay avec la garde, Davoust etle vice-roi, il fût arrivé , le 12, à Polotsk , il eût re-jeté Barclay sur Riga : la campagne était terminéeglorieusement pour lui.