206
NAPOLEON AIT TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.
de notre avant-garde. Impatient d’être sanscesse arrêté, je me rendis à la tête de lacolonne, et lançai le 4 ° corps à travers lesbois. L’ennemi avait déjà disposé sa retraiteen échelons, et nous arrivâmes sans obsta-cle en vue de Witepsk .
Barclay réunit son armée près de Wi-tepsk , derrière la rivière de Louchetza : ilavait donné rendez-vous à Bagralion versOrcha . Pour atteindre cette ville, il fallaitmarcher au sud par Babinowitchi, parallèle-ment avec mon armée et en lui prêtant leflanc. Le général russe jugea qu’il ne pou-vait effectuer un tel mouvement sans com-battre ; il se prépara à nous livrer bataillepour disputer le passage de la Louchetza.Heureusement pour lui qu’il apprit dans lasoirée même que Bagration n’ayant pupercer sur Mohilew , s’était rabattu parMestilaw sur Smolensk. Cet incident sauvaBarclay d’une défaite probable, puisqu’iln’avait pas au delà de so mille hommes,et que je pouvais en jeter près de 120 millesur lui.
Je reconnus moi-méme la position de l’en-nemi derrière la Louchetza, le 27 vers midi ;il fallait rallier nos colonnes, qui marchaientprocessionnellement sur une même route :nous ne pouvions guère risquer un engage-ment partiel le même jour; il parut indis-pensable de remettre l’affaire au lendemainpour nous serrer. Barclay reçut dans la soi-rée même l’avis qui le dispensait de risquerune bataille, et il décampa dans la nuit surSmolensk , où il était sûr désormais d’opérersa jonction avec Bagration . Pahlen couvritsa marche avec l’élite de la cavalerie russe,et le fit avec aplomb. Le 28 juillet, au pointdu jour, tout avait disparu, et nous entrâ-mes à Witepsk plus contrariés que jamaisde voir l’ennemi nous échapper sans cesse.Si Barclay avait mal disposé l’armée sur leNiémen et dirigé imprudemment sa retraite
sur la basse Dwina, il manœuvra depuisDrissa avec sagacité.
Opérations de Bagration pour se rallier à Barclay,
La seconde armée russe avait aussi con-tinué sa retraite avec plus de bonheurqu’elle ne devait l’espérer. Davoust ayanttransmis à mon frère l’ordre qu’il avait deprendre le commandement général de ladroite, l’orgueil royal se trouva blessé d’êtremis en sous-ordre. Jérôme abandonna lecommandement des Westphaliens au géné-ral Tharreau, enjoignit à Poniatowsky deprendre les ordres de Davoust, et quittal’armée le ie juillet. Cette bouderie dépla-cée ne pouvait qu’augmenter pour l’instantle peu de vigueur et d’ensemble dans lapoursuite. Cependant Davoust, forcé des’éclairer sur Orcha à gauche, de surveillerBérésino à droite, s’était porté avec 20 millehommes environ sur Mohilew, appelant àlui le corps de Poniatowsky, et chargeantles Westphaliens de suivre seuls la queuedes colonnes ennemies. Le général russe,arrivé par Bobrouisk à Nowoy-Bichow surle Borysthène, avait le choix de continuersa marche sur Mestilaw ou d’attaquer Da-voust. Il avait été invité à se diriger surOrcha ; or, la route de cette ville passe àMohilew , et si, pour éviter l’ennemi, il dé-viait de la route tracée, Davoust l’auraitprévenu aussi bien à Mestilaw. Il résolutdonc de s’ouvrir un passage l’épée à la main,et marcha droit à Mohilew .
D’après la disposition des forces, il eûtété peut-être plus sage que Davoust se re-pliât sur Orcha pour se rapprocher de magrande armée; mais ce maréchal, payantd’audace, s’établit bravement en avant deMohilew , sur la route de cette ville à Staro-Bichow, au risque d’être écrasé. Heureu-