210
NAPOLÉON Aü TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.
tenance ferme et une retraite bien ordonnée.D’ailleurs les Russes n’entreprirent rien desérieux. Ce fut au reste un bonheur poureux; car un succès partiel aurait pu lesentraîner à une bataille de même qu’à Fried-land, et c’eût été le comble de mes vœux.
Je me dirige sur Smolensk pour gagner la gauche desRusses .
L’occasion me paraissant revenue de leurporter un coup décisif, je profite de leurlenteur pour faire serrer toute mon arméesur sa droite Le n août, je lui fais passerle Borysthène à Rasassna et à Khomino,el je la dirige sur Krasnoï. Les corps quiavaient cantonné à Orcha et à Mohilow pas-sèrent le fleuve dans ces deux endroits, etmarchèrent aussi sur Krasnoï. Mon inten-tion était de me porter vivement sur Smo-lensk , de m’emparer de ce point importantque je supposais dégarni, et de prendre àrevers ou en queue l’ennemi qui osait venirme menacer à Roudnia. Les armées russes ,ainsi tournées par leur gauche, se seraienttrouvées bien compromises, coupées deMoscou et refoulées sur la basse Dwina.C’était la troisième grande manœuvre de lacampagne; ce fut la derrière de notre côté.
Un détachement de 8 à 9 mille hommesque les Russes avaient laissé en observa-tion sur la rive gauche du Borysthène , futdébusqué de Krasnoï par mon avant-garde,et se mit en retraite sur Smolensk , talonnépar ma nombreuse cavalerie. Cependant cesbraves gens, entourés de toutes parts, nese laissèrent pas déconcerter, et regagnè-rent Smolensk sans avoir été sérieusemententamés, mais en abandonnant près demille morts, une partie de leur canon etbeaucoup de blessés.
théâtre sur les deux berges du Dniéper ,présente un paysage riant; son enceinte quipourrait contenir so mille âmes, et n’en ren-ferme pas 20 mille, est entourée d’un muren briques d’une épaisseur extraordinaire,et flanquée de tours rondes et carrées. Lacitadelle, qui forme un pentagone régulier,est le côté faible ; car les parapets non revê-tus sont à moitié éboulés, et forment untalus accessible : l’enceinte de la ville, aucontraire, entourée d’un mur de 25 pieds dehauteur et de 15 pieds d’épaisseur entre lestours, était presque inattaquable avec lecanon de campagne, et à l’abri de l’escalade.La partie faible de cette enceinte consistaitdans ces mêmes tours qui n’avaient que troisà quatre pieds d’épaisseur, et qu’on auraitpu battre en brèche avec des pièces dedouze. A quelques toises de la place se trou-vent des ravins profonds, sillonnés par leseaux. Les Russes eurent le bon esprit des’attacher d’abord à la défense de ces ra-vins plutôt qu’à celle de la citadelle, et ilss’en acquittèrent fort bien. Les générauxRayewski et Paskiewicz défendaient laplace avec 20 mille hommes.
Le 16 au matin, Ney, à la tête de monavant-garde, arriva devant Smolensk . Je lesuivais de près ; dès que j’eus reconnu lecôté faible, je le fis courir à l’assaut. Sescolonnes s’élancèrent avec une rare intré-pidité l’arme au bras; les ennemis les reçu-rent avec un sang-froid admirable. Deuxfois les braves de Ney pénétrèrent jusquesur le talus de la contrescarpe de la cita-delle : deux fois, faute de soutien, ils en fu-rent expulsés par les réserves que Rayewskiet Paskiew'icz firent donner à propos.La résistance qu’ils nous opposèrent donnale temps aux deux armées russes d’accourirà leur secours vers midi. Mes corps arri-vaient aussi successivement, et à la nuit tom-bante nous eûmes près deiso mille hommes