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NAPOLÉON AU TRIBUNAL I)E CÉSAR, ETC.
mourants. Un incendie, dont il était difficded’assigner la cause, en avait dévoré lamoitié ; les habilants avaient fui pour sesoustraire aux ravages de la guerre, aban-donnant leurs pénates à l’imprudence denos soldats et aux excès d’une populaceexaspérée [1].
Une ville enlevée pour ainsi dire à lapointe de l’épée et abandonnée de ses ha-bitants ne saurait être soustraite au pillage,et le peu qui y restait devint la proie denos soldats, aigris par de longues privations.Un seul prêtre, resté par dévouement pourson troupeau, me prouva par ses réponsesà quel point on les avait prévenus contrenous, en nous dépeignant sous les couleursles plus noires. Tontes les passions reli-gieuses et patriotiques avaient été allumées;il fut aisé de prévoir qu’aux privations dela Lithuanie allaient se réunir toutes lesfureurs et les embarras d’une guerre natio-nale: nous allions retrouver une nouvelleEspagne, mais une Espagne sans fond, sansvin, sans ressources, sans villes. Nous nedevions pas y trouver des Saragosse , parce([lie toutes les maisons construites en boispeint étaient à la merci d’une torche ou d’unobus; mais des obstacles d’un autre genre,etnonmoinsredoutables, nous attendaient.
Mon cœur se sentait oppressé en son-geant à l’intervalle qui me séparait de Mos-cou , à celui que je venais de mettre entremes magasins et mon armée, que la pénu-rie, les maladies, les traîneurs avaient déjàdiminuée d’un tiers. Lors même que j’eussepris la résolution si souvent annoncée dem’arrêter ici, j’en reconnus bientôt les in-convénients et la difficulté. La récolte demiavait été mauvaise, celle de 1812, encore sur
[1] Il est reconnu que plusieurs habitants de Smo-lensk mirent eux-mêmes le feu à leurs maisons, pen-dant l’occupation ; mais on ne sait si, à notre entrée,
pied, avait été entravée par les ravages dela guerre, qui avaient mis la population enfuite et enlevé les chevaux. D’ailleurs, fairevivre 200 mille hommes sur place dans unpays dépeuplé est une chose bien difficile,à moins de cantonner très-au large, ce quine peut avoir lieu en face d’une armée in-tacte et pourvue de tout. Revenir sur mespas en traversant la Lithuanie ravagée, c’é-tait m’exposer à perdre l’armée par la di-sette ; prendre en retraite le chemin deMohilew sur Mozyr, c’était s’enfourner dansles fanges du Prépecz, sans savoir commenton en sortirait. A la vérité, le chemin étaitmoins ravagé; une marche vers Loufzk etBrzesc eût ramené ma base d’opérations surVarsovie , et l’eût élargie en débarrassant laVolhinie de l’armée de Tschichagof : mais,malgré le motif apparent de dégager mesflancs, une pareille marche rétrograde avaitses dangers; elle pouvait me perdre auxyeux de toute l’Europe , et devenir un signalpour mes nombreux ennemis. La Prusse seserait levée en masse, le nord de l’Allemagne aurait suivi son exemple; tout mon édificeeût été compromis sansavoir, pour ainsi dire,-tiré l’épée. D’ailleurs, nous n’avions pas en-trepris la guerre pour nous promener jus-qu’à Smolensk et revenir cantonner sur leslimites du duché de Varsovie . Continuer lamarche sur Moscou pour forcer les Russes à une bataille et leur dicter la paix dansl’ancienne capitale des czars, qui est encorele nœud des grandes artères de l’empire,tel était donc l’unique moyen de salut quem’offrait la campagne.
Cependant j’encourageais mes troupes parl'espoir de trouver un terme prochain àleurs souffrances ; je flattais mes maréchaux
l’incendie fut l’effet du canon, ou de la volonté desRusses .