CHAP. XVIII. CAMPAGNE DE 1812.
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(le prendre leurs quartiers d’hiver entreWitepsk, Smolensk et Mohilew : j’ordon-nais le passage du Dnieper , uniquementpour nous débarrasser du voisinage impor-tun de l’armée ennemie; mais, d’un autrecôté, j’avouais à quelques-uns de mes con-fidents que mon armée était une arméed’opération et non de position; que sonmoral et sa composition de vingt peuplesdivers exigeaient que je la maintinsse dansune aclivité offensive; en un mot, qu’il neme restait d’autre parti à prendre que de laconduire à Moscou .
Les Zoïles, qui se sont acharnés à dé-truire ma réputation, ne voient que des con-tradictions manifestes entre mes actions etmes discours; à les entendre, j’aurais dûmettre tous ceux qui m’entouraient dans lesecret de mes moindres pensées, et quandj’affectais de dire des choses qui devaientdonner le changesur mes véritables desseins,j’aurais mérité selon eux les petites maisons :étrange manière déjuger les qualités d’ungénéral ! !
Les maréchaux étaient divisés sur la grandequestion qui nous agitait. Murat, qui accusaitnaguère les Russes de pusillanimité trem-blait de s’enfoncer plus loin ; d’autres sou-tenaient avec raison qu’il n’y avait de reposà espérer qu’après les avoir vaincus dans unebataille décisive. Pénétré de cette vérité, jepartageais l’avis de ces derniers. Mais quelmoyen avions-nous d’arriver à cette bataille ?Dès que nous ne devions pas espérer d’y con-traindre les Russes en demeurant à Smo-lensk , ne convenait-il pas de les poursuivre?Le défaut de vivres, la raison militaire etl'intérêt politique, me prouvèrent ainsi qu’iln’y avait à choisir qu’entre une retraite surle Niémen ou la marche sur Moscou ; or, iln’était pas difficile de décider celui des deuxpartis qui était le plus conforme à mon ca-ractère et à ma position.
On ne me supposera pas assez présomp-tueux pour me dissimuler les chances con-traires que me présentait une nouvelle pointede 100 lieues aussi loin de ma base naturelled’opérations, en laissant derrière moi Riga et Bobrouisk , appuyées des armées de Wit-genstein et de Volhinie;j’en sentais d’autant,plus les inconvénients, que la paix conclue en-tre la Russie et la Porte allait permettre àl’armée de Moldavie de remonter le Dniéper .
Mais si l’ennemi conservait des pointsmenaçants sur mes flancs, j’avais les corps deMacdonald, St-Cyr et Schwarzenberg pourleur faire face. Bellune, avec une belle ré-serve de 32 mille combattants, se trouvaitsur le Niémen , et, placée selon les circon-stances , elle suffirait pour soutenir ou madroite sur le Bug, ou ma gauche sur laDwina. Non seulement ces armées étaientsupérieures aux forces de l’ennemi, j’avaisen outre 50 mille hommes qui occupaient laPrusse, et autant de bataillons de marchearrivant de l’intérieur pour renforcer monarmée et y remplacer les pertes que la ba-taille pourrait m’occasionner. Jamais je n’a-vais déployé plus de soins et de prévoyancepour préparer les moyens qui devaient assu-rer la réussite d’une grande entreprise :l’Europe semblait échelonner sa populationvirile vers le pôle. Déjà de belles divisionssous Loison et Durutte gardaient Kœnigs-berg et Varsovie ; d’autres se formaient surl’Oder . Les cohortes du i cr ban se rassem-blaient sur l’Elbe : rien n’était négligé pourassurer le succès de l’expédition.
Le succès de dix campagnes m’avait apprisque là où je me trouvais était le point déci-sif; et je ne doutais point qn’un coup frappéau sein de l’empire russe ne fit tomber enun clin d’œil la résistance accessoire descorps isolés. Ce coup, j’espérais le frapperaussitôt que l’ennemi se déciderait à m’at-tendre. J’avais une armée affaiblie; mais ce