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NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.
qui restait sous les drapeaux n’en était quemeilleur.
Ney passe le Dniéper et sait l’ennemi.
Après avoir parcouru les décombres fu-mants de Smolensk , reconnu son enceinteextraordinaire et sa mauvaise citadelle, jepressai les préparatifs pour le passage duDniéper , dont l’ennemi avait brûlé le pont.
Les faubourgs occupés par l’arrière-gardede Barclay rendant les travaux difficiles, ladivision Morand passa successivement en ba-teaux pour les protéger. Ney y présidait, etmalgré l’ardeur qu’il y mettait, ils ne purentêtre achevés que dans la nuit du 18 au 19.En attendant, je reconnaissais moi-même lerivage en amont pour chercher un gué; etJunot, à la tête du 8 ° corps, reçut l’ordre depasser à mon extrême droite vers Proudi-chewo. J’eus tort peut-être de ne pas portersur ce point le gros de mon armée ; c’étaitla ligne la plus directe pour atteindre l’en-nemi. L’idée que nous trouverions plus defacilité à rétablir le pont de Smolensk etl’attitude de l’ennemi sur les hauteurs firentmalheureusement préférer le passage parla ville.
Marche hasardée de Barclay.
L’ennemi, qui couronnait les hauteurs enarrière des faubourgs, avait détaché avantl’évacuation de la ville l’armée de Bagration sur Dorogobujepour m’empêcher de gagnerla route de Moscou . Barclay, après avoirfilé au nord sur la grande route de Péters-bourg, dut se rabattre cà l’est pour suivreBagration et regagner celle de Moscou . Ilne pouvait aller d’une de ces routes à l’autreque par des chemins de traverse, et décri-
[1] Le motif d’éviter une route exposée à notrecanon était plausible; mais valait-il mieux courir lerisque d’un mouvement circulaire qui pouvait toutperdre? n’eût-il pas mieux valu porter 30 mille hom-
vait ainsi un grand cercle dont nous tenionsla corde. Le motif de ce détour était que laroute directe de Moscou longeant le Dniéper sous nos batteries, il serait dangereux d’ypasser même de nuit avec un matériel im-mense [1]. Les ennemis n’avaient jeté que 2à 5 mille Cosaques sur la Loubna pour mas-quer cette route directe : faute grave qu’ilsse hâtèrent ensuite de réparer, mais qu’ilsfaillirent payer cher. Si j’avais connu alorsce qui se passait dans leur armée, c’en étaitfait; je la prenais en flagrant délit dans uneposition pire encore qu’après la retraite surDrissa et la séparation des deux armées;mais j’ignorais ce mouvement : il n’étaitguère probable que l’ennemi engagerait uneaffaire sérieuse le jour même où il abandon-nait le poste redoutable de Smolensk , quilui offrait tout ce qu’il pouvait désirer d’a-vantages tactiques.
Il se jette d’abord à gauche sur Gorbounovo.
Convaincus que nous ne trouverions pasles Russes , je me contentai de lancer surleur arrière-garde Murat et Ney, que Junotseconderait en passant le Dniéper plus haut,pour manœuvrer sur leur gauche. Ney fran-chit enfin le Dniéper , le 19 à quatre heuresdu matin, au milieu des flammes du fau-bourg. L’armée de Barclay avait été aper-çue d’abord campée sur les hauteurs de laroute de Pétersbourg ; son arrière-gardesons les ordres du général Korf y paraissaitencore. Nous eûmes ainsi un moment l’es-pérance de couper l’ennemi de Moscou etde le refouler sur le nord ; mais on signalabientôt quelques troupes ennemies danscette direction. Ney et Murat durent faireexplorer les deux routes ; Grouchy prit d’a-
mes de nuit sur la Stabna, pour y défendre du moinsla route, jusqu’à ce que le matériel et la seconde co-lonne eussent atteint, par Gorbounovo, le cheminde Moscou ?