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Tome second.
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NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.

l’empereur. On avait senti que l’arméerusse, si elle se rabattait sur le nord, seraitrefoulée sur la Baltique , isolée des res-sources de l’empire, et acculée à la mer.Les hommes versés dans l’art militaireavaient pris le dessus dans les conseils : delà, le mouvement de Drissa sur Smolensk ;de là. la contre-marche sur Taroulina, aprèsl’évacuation de Moscou . Les généraux quiregardaient l’armée russe comme perdue sielle manœuvrait au nord, auraient certesregardé leur cause comme gagnée, dès queje fusse allé m’enfourner dans une positionqu’ils considéraient comme désastreuse poureux, bien qu’ils se trouvassent dans leur pro-pre pays. Loin que le mouvement sur Nowo-gorod leur eût imposé au point de faire dési-rer la paix, un cri général de joie se fût élevédans leur armée à la seule idée que je meprécipitais volontairement dans un gouffreoù ils avaient craint de s’aventurer.

Les admirateurs aveugles de toutes mesconceptions ont rejeté les désastres de la finde cette campagne sur les sages avis quim’ont détourné de la pensée de marchersur Pétersbourg; et, plus juste qu’eux, jereconnais que ce projet était désastreux.

L’armée russe fait un beau mouvement surTaroulina.

Revenons aux cendres de Moscou , où j’aidit que j’étais rentré le 19. Quoique la des-truction de cette ville fût bien faite pourabsorber toute mon attention, je ne perdispas entièrement de vue l’armée russe. Mu-rat l’avait suivie sur la route de Razan, queson arrière-garde avait prise ; la fatigue denos troupes le décida à leur accorder unpetit séjour. Notre situation allait se com-

[i] Le mouvement des Russes , critiqué par Wilson,par Vaudoncourt, par Fain, est une des opérationsles plus habiles de celte guerre. Par quelle fatalité

pliquer. Moscou , comme les grandes capi-tales, est le centre d’où partent vingt routesen rayons divergents ; des détachements decavalerie ennemie se montraient vers Klin,au nord, sur la route de Pétersbourg. D’au-tres gardaient les routes de Jaroslaw , deWladimir et de Podolsk , sur celle deToula;cela jetait une grande incertitude dans lesrenseignements. Il fallut éclairer toutes lesdirections, et de plus couvrir notre ligne decommunication avec Mojaisk. Notre cavalerieétait abimée, celle de l’ennemi, mieux nourrieet mieux conservée. Courir après Koutousofsur Razan, c’était nous exposer s’il eût prisune des routes de Pétersbourg ou deToula,puisque nous l’eussions laissé plus près deMoscou que nous. Nous avions fait assez de

marches inutiles. Huit jours entiers

se passèrent sans que je pusse me fixer.Enfin, Murat m’annonça que l’armée russenous avait trompés; qu’après avoir suivi lechemin de Razan à l’est, elle revenait sur laPakra pour gagner Toula ou Kalouga . Jefis aussitôt partir Bessières pour éclairercelte direction. Je me préparais à marcherle 28 septembre par Podolsk pour déborderla droite des Russes , et les refouler sur leDniéper , lorsque Murat annonça qu’ils seretiraient de nouveau.Nos troupesreçurentcontre-ordre; je me décidai à attendre devoir plus clair dans nos affaires et dans lesprojets de l’ennemi : ces quinze jours perdusfurent un malheur.

Koutousof eut le temps de s’affermir dansla position qu’il prit à Taroutina, derrièrela Nara, point intermédiaire entre Toula etKalouga , et située sur la vieille route quimène à cette dernière ville [1]. Il cou vrait ainsiles belles manufactures d’armes de Toula , les

veut-on toujours blâmer chez l’ennemi ce qu’on ad-mirerait s’il était fait par nous?