CHAP. XVIII. CAMPAGNE DE 1812.
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provinces du midi les plus fertiles et les pluspopuleuses ; en même temps, il se rappro-chait de la route de Smolensk, et pouvaitmanœuvrer par sa gauche pour menacernotre seule ligne de communication. J’étaisimpatient d’apprendre l’effet que la bataillede Borodino et la chute de Moscou auraientproduit sur l’empereur Alexandre et lacour de St-Pétersbourg ; je me berçais en-core de quelques espérances. Toutes lescirconstances qui accompagnaient l’incen-die , celles de la bataille de Borodino,étaient à la vérité peu encourageantes : ce-pendant les pertes de l’ennemi avaient étési sanglantes, que l’empereur Alexandrepouvait en être touché, et s’empresser demettre fin au fléau de la guerre. L’arméerusse est excellente ; mais il y a une telledistance entre un soldat et un moujik, quel’armée une fois entamée, je regardaiscomme chose impossible de la relever sur-le-champ; je supposais la même manièrede voir à son gouvernement, et dès lors jedevais croire qu’il accepterait la paix, si jel’offrais honorable.
Une conversation que j’avais eue avec ungentilhomme russe employé dans le gouver-nement civil me décida à lui confier unelettre pour l’empereur Alexandre. M. Jaco-blef partit, le 24 septembre, avec cette ou-verture confidentielle. Il fallait huit jourspour avoir la réponse ; il s’en était écoulédix sans que j’eusse rien reçu; je me décidaià appuyer cette démarche d’une mesureplus authentique, en envoyant mon aide-de-camp Lauriston le 4 octobre au quartier-général de Koutousof : il était porteurd’une lettre pour l’empereur Alexandre,dans laquelle je lui proposais d’entrer ennégociations et d’y préluder par un armi-stice. La proposition devait en être faite éga-lement à Koutousof, qui opposa le défautde pouvoirs pour entrer en négociations, et
promit seulement de faire parvenir la lettre,qu’il expédia en effet par le prince Vol-konsky.
Dans cet intervalle, la plus grande partiede mon armée avait cantonné à Moscou etdans les environs. Une forte avant-garde,aux ordres du roi de Naples, s’établit enface des Russes , vers Winkowo.
Embarras et chances effrayantes de ma position.
Nous étions déjà depuis vingt jours à Mos-cou , et l’ennemi ne faisait aucune proposi-tion d’accommodement; je me flattais néan-moins encore qu’il en viendrait là. Ce calculétait faux, j’en conviens, et je n’y comptaispas entièrement; mais je n’osais sans frémirregarder derrière moi et me soumettre àl’idée d’une retraite. On croit que j’auraispu éviter le désastre qui m’a frappé , si, aulieu de rentrer à Moscou brûlé, je m’étaisdécidé sur-le-champ à marcher à Smolensk ou à Kiow.
La retraite sur Smolensk était difficile :la route était ravagée, et nous n’avions pasde vivres. Cependant nous l’eussions faiteen nous y prenant avant les gelées, avantles renforts reçus par l’ennemi, et en sui-vant le chemin d’Elnia.
La reIra i te su r Kiow était plus séduisante :elle me conduisait à travers un pays richeet tout neuf où mon armée eût bien vécu;elle nous réunissait à Schwartzenberg, J’au-rais pu ensuite me baser sur Zamosc , Lu-blin et Varsovie : mais pour cela il fallaitcompter sur l’Autriche ; car je me mettais àsa merci, et Dieu sait si elle n’eût pas faitalors avec bien plus de sécurité ce qu’ellefit en 1813 en m’attaquant à Dresde .
D’ailleurs la route de Kiow étant alorsoccupée par Tormassof, Tcliichagof et Sac-ken, il pouvait être dangereux d’aller à eux ;enfin mes grands dépôts étaient du côtéopposé, à Kowno, Wilna et Minsk . Je me