NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR. ETC.
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dissimulais si peu ces différentes chances,que je dictai un résumé de ma position etdes partis que j’avais à prendre pour ensortir [il.
J’ai déjà parlé d’une froisièmeallernalive,celle de m’élever au nord jusqu’à la lisièredes gouvernements de Twer et de Pskow ,d’enfiler ici la roule de Nevel à Pololsk [jourjoindre Bellune et Oudinot. Ce parti mesuivait du danger de faire une retraiteparallèle à l’ennemi et d’être prévenu àSmolensk ; il me ramenait sur le bas Nié-men , où étaient mes approvisionnements ;mais je tombais dans l’inconvénient de m’en-foncer vers la Baltique, et les Russes , netrouvant aucun obstacle sur la route deSmolensk, eussent tout aussi bien pu gagnerma droite à Witepsk ou Gloubokoë qu’ilsl’ont fait à Krasnoï.
Le mot seul de retraite me donnait descrispations; depuisCastiglione, je ne l’avaisprononcé que deux fois, après Eylau et àEssling ; or, dans les deux circonstances,j’étais sûr de reculer pour mieux sauter. Jesentais qu’il en était tout autrement à Mos-cou , et qu’au moindre pas rétrograde, jejouais mon existence entière.
Bien que l’Autriche m’eût donné en ma-riage une de ses archiduchesses, je savaisfort bien qu’un tel lien , bon dans les cir-constances ordinaires, ne signifiait rien dansun cas semblable à celui où nous nous trou-vions. Je connaissais l’esprit public de laPrusse, celui même de Vienne ; car j’étaisparvenu à lui en donner un.
Si mon armée s’était fondue de moitiédans les belles et longues journées de juil-let et d’août au milieu de sa marche triom-phale, que deviendrait-elle en parcourant
[i] On a trouvé, dans les papiers de Napoléon ,mie pièce qui est sans doute celle dont il est ici ques-tion. (Voyez Pièces justificatives, N° i.)
la même route dans les boues de l’automneou les frimats d’un hiver toujours plus oumoins rigoureux sous le 55' degré, quandde longues nuits et l’intempérie des saisonsrendraient les bivouacs meurtriers, mêmepour les plus robustes ? Quel terme assi-gner à ses souffrances, à sa décomposition?quel refuge donner aux malades, aux traî-neurs? Ce qui restait de chevaux ne devaitpas plus résister que les hommes, et, privésainsi de cavalerie, d’artillerie, d’équipages,nous ne pourrions lutter à chances égalescontre l’ennemi. Tci, tout était pour lui ; iltirait des farines de tous les rayons de l’in-térieur qui aboutissaient à son camp: si l’a-bondance n’y régnait pas, du moins il pou-vait distribuer régulièrement ces farines àdes soldats qui, en temps de paix même,n’ont pas d’autre nourriture. Ses chevaux,élevés dans les steppes, passent la moitié deleur vie au bivouac été comme hiver, etquand le foin leur manque, ils se nourris-sent d’écorces ou de branches d’arbres. Lesfatigues et les privations qui tuaient lesnôtres, n’étaient pour ces coursiers sau-vages qu’un régime ordinaire.
Que ferais-je sur le Borysthène ou leNiémen aVec une armée abîmée, ayant desmillions d’ennemis sur mes derrières etl’armée russe renforcée devant moi? Enpartant même dès le 30 septembre, je nepouvais guère me flatter de sauver ma ca-valerie déjà à moitié démontée, et mes at-telages d’artillerie, qui avaient peine à setraîner.
Je n’eusse pas hésité, si mon armée eûtété entièrement composée de Français : maisils en formaient à peine moitié. Le reste,fortement ébranlé, se composait de Prus-siens, d’Autrichiens, etc., dont l’attache-ment était plus que suspect. Combien defois, en me livrant à ces diverses réflexions,ne regrettai-je pas d’avoir méconnu l’offi-