CHAP. XVIII. CAMPAGNE DE 1812 .
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ciel' judicieux qui m’avait dit à Berlin queje m’exposais à perdre mon armée si je ten-tais une grande guerre dans le Nord, sansme baser sur la Prusse et me rattacher pard’avantageuses concessions.
Cependant, comme en pareil cas il fautbien s’arrêter au projet qui parait le moinsdésavantageux, et que la retraite sur Kiownous offrait plus de chances favorablesqu’aucun autre, j’inclinai à l’adopter; maisune funeste confiance en mon étoile et lamanie de croire toujours à la faiblesse demes adversaires me firent différer son exé-cution jusqu’au retour du courrier de Pé-fersbourg; je me berçais de l’espoir quel’empereur Alexandre saisirait l’occasionde traiter.
En vain ohjeelera-t-on que la nation quibrûle une ville comme Moscou ne traite pasle lendemain ; chacun se persuade aisémentce qu’il désire, et je supposais à Alexandrebeaucoup moins de caractère qu’il n’en amontré.
Le temps s’écoulait; aucune réponse nevenait de St-Pétersbourg ; une secrète agi-tation me dévorait ; mon inquiétude s’ac-croissait de celle que me donnait l’arméed’Espagne. A la suite de sa victoire de Sa-lamanque, Wellington était entré à Madrid ,et la guerre, près de s’éteindre, avait prisplus de vigueur que jamais. Ce qui se pas-sait sur mes ailes me donnait de nouvellesinquiétudes : Schwartzenberg venait de le-ver tous nos doutes sur la destination del’armée de Moldavie ; elle s’était dirigée con-tre lui sous la conduite de l’amiral Tchicha-gof, qui avait quitté le service ingrat de lamarine pour chercher sur terre des lauriersqu’il croyait plus faciles à obtenir; il prit lecommandement général à la place de Tor-massof, appelé à la grande armée. Ne pou-vant lutter contre des forces qui ne s’élè-vent pas à moins de 102 bataillons et 120
escadrons, qu’il estime à 70 mille hommes, leprince de Schwartzenberg se retire derrièrele Bug. Varsovie est de nouveau en alarmes,et Wilna peut être sérieusement inquiétée.D’un autre côté, le corps de Steingel, re-venant de Finlande , a débarqué en Livonie,et procure à l’ennemi la supériorité sur lecorps de Macdonald. S’il joint l’armée deWittgenstein, déjà renforcée des cohortesde milices de St-Pélersbourg, il portera à75 bataillons et 38 escadrons la force decette armée, qui, avec la moitié, a su semaintenir menaçante durant toute la cam-pagne. Pour conjurer ce double orage, Bel-lune est à Smolensk , où Baraguay-d’Hilliersamène encore 10 mille hommes. La belledivision Durutte est à Varsovie ; je sollicitel’empereur d'Autriche d’envoyer des ren-forts à Schwartzenberg, et je demande auroi de Prusse une division pour renforcerMacdonald.
Cependant j’attendais avec un calme ap-parent l’expiration du terme auquel j’es-pérais une réponse : j’affectais l’intentionde passer l’hiver à Moscou ; je plaisantaimême un de mes généraux qui n’avait paseu bonne opinion de la guerre, en lui de-mandant où était donc ce terrible froiddont il redoutait tant les suites? Dans lefait, jusqu’au 13 octobre, le plus beau tempsdu monde semblait durer exprès pour nousentretenir dans une fatale sécurité. Je doisl’avouer aujourd’hui, si je n’avais pas vu àtravers le prisme de mille préventions, laposition seule des ennemis à Taroutinam’aurait dessillé les yeux. Cette position,qui menaçait mes communications, n’étaitpas celle d’une armée démoralisée ; non-seulement elle couvrait les meilleures pro-vinces de l’empire et assurait des renfortsnombreux, elle était même offensive. Notreposition victorieuse et le calme qui régnaitautour de moi contribuaient à me faire