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Tome second.
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NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.

illusion. Nous étions à Moscou comme auxportes de la France : les estafettes se suc-cédaient tous les jours; la posteaux lettresfaisait son service; les auditeurs m’appor-taient les travaux des ministres et ceux duconseil-d’état ; je pourvoyais du Kremlin aux moindres soins de mon empire, et pasun Français ne souffrait dans ses intérêtsd’une absence qui semblait devoir arrêterle cours de toutes les affaires. L’ennemin’avait enlevé que quelques détachements ouconvois sur la route de Mojaisk ; de bonnescolonnes de cavalerie de la garde l’avaientbalayée de ces partisans qui commençaientà essayer leurs forces, mais qui craignaientencore de se hasarder. Les plus hardisétaient Davidof, Seslavin, Fiquener : le pre-mier, poète spirituel et aimable, et officierinstruit; le second, actif et audacieux; letroisième, d’origine allemande, était unvrai Tartare. Secondés par les habitants dupays, ils désolaient nos communications;mais encore circonspects, ils portaient ra-rement autour de Moscou l’alarme au mi-lieu de nos cantonnements. Us s’enhardi-rent peu à peu vers la fin de notre séjour.L’horizon de Moscou fourmillait de nosfourrageurs, qui guerroyaient par petitsdétachements contre les paysans armés,les milices ou les Cosaques; chaque jouron nous enlevait par centaines ces hommesisolés, moins attirés par la maraude quepar l’obligation de pourvoir aux fourragesdont on manquait partout ; de gros détache-ments mêmes, envoyés pour battre la cam-pagne et les protéger, étaient souvent en-levés ou ramenés par la cavalerie légère del’ennemi.

Je me décide un peu tard à la retraite.

Le temps nécessaire pour avoir une ré-ponse de St.-Pétersbourg était passé ; lasaison s’avançait; il devint évident qu’on ne

voulait pas la paix. Notre pointe sur Mos-cou n’ayant point eu le résultat que j’enavais espéré, il fallait absolument mettre àcouvert mes communications en regagnantla ligne du Borysthène. Il était impossiblede songer à passer l’hiver au milieu des dé-combres de Moscou .

Le 13 octobre il tombe enfin un peu deneige; c’est un aiguillon puissant pour nousdéterminer à partir ; je compte me mettreen route avant le 20. Dès le 15, les hôpitauxsont évacués sur Smolensk , le plus beautemps succède à une neige passagère. Le is,le corps de Ney entre h Moscou pour semettre en marche; pendant que je le passeen revue, le bruit se répand que Murat aété exposé à une défaite totale : une canon-nade violente s’est fait entendre toute lamatinée, et déjà l’alarme a gagné Moscou .

En effet, les Russes , certains que Muratn’était pas de force à résister à leur arméeentière refaite et reposée, avaient conçu leprojet de l’accabler. On élait convenu ver-balement d’éviter la guerre de poste jusqu’àla réponse ; mais Koutousof avait repoussétoute proposition d’un armistice pour le-quel il n’était d’ailleurs pas autorisé. Murat,trop confiant, 11’était pas sur ses gardes,et nos soldats, habitués à un repos qu’ilsregardaient comme précurseur de la paix,ne songeaient pas qu’il pût être troublé.Benningsen se met à la tête des deux tiersde l’armée russe pour enlever noire avant-garde à Winkowo. Des mouvements unpeu trop larges, une colonne destinée à latourner, qui, après une fausse direction,n’est pas arrivée à temps, l’attaque accéléréeau centre qui devait agir moins brusque-ment, ont empêché la réussite d’un planque l’ennemi avait mûri pendant huit jours :toutefois, Murat n’en a pas moins dû céderà une supériorité accablante : s’il n’a pasessuyé une défaite totale, nous avons des