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Tome second.
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CHAP. XVIII. CAMPAGNE DE 1812.

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braves à regretter, des canons et des baga-ges perdus; enfin l’entreprise annonce quel’ennemi se sent de force à se mesurer avan-tageusement avec nous.

Le 19. je quitte Moscou , Lauriston doitaller en parlementaire chercher la réponseattendue; pendant ce temps, Murat filerapar sa droite pour se dégager delà présencede l’ennemi. Je marche d’abord sur le che-min deTaroutina; mais, arrivé à Troitzkoë,je me rabattrai à droite sur la route de Ka-louga pour atteindre Borousk et Malojaros-lawelz, avant que Koutousof soit informéde mon projet. Si nous gagnons cette der-nière ville avant lui, rien ne pourra s’op-poser à ce que nous arrivions sinon à Ka-louga, du moins à Joucknow, pour prendrele chemin d’Elnia.

Nous sortons de Moscou avec l’attiraild’une armée de Darius. Mon armée comptaitenvironso mille combattants, non comprisemille malingres ou convalescents; elle traîneencore 6oo pièces de canon et 2 mille voituresd’artillerie. Pour en compléter les attelages,je sacrifie nos lourds équipages de ponts;nous avions des ponts sur toutes les rivières,et d’ailleurs nous conservions des équipagesde ponts sur chevalets pour les cas urgents.

Instruites par les privations qu’elles ontéprouvées à ne point compter sur les dis-tributions régulières, nos troupes ont toutfait par elles-mêmes pour se préserver dela famine. Chaque compagnie s’est forméun équipage de deux ou trois charrettes,pour le transport des provisions qu’elle aamassées dans les ruines de Moscou ou dansdes villages environnants : à ces équipagesse joignent ceux qui, sous le même prétexte,cachent un butin illicite, que les soldats,

[i] L’ordre de détruire tes remparts du Kremlin était naturel; c’est une citadelle, on pouvait y reve-nir; mais l’ordre d’incendier les bâtiments qui ser-vaient de palais aux czars et l'hôtel de Rozomowski

les officiers mêmes ont trouvé dans des ma-gasins abandonnés. Pour mieux voiler cebutin, la plupart disent qu’ils se sont pré-cautionnés d’effets contre le froid. Les offi-ciers sans troupes, les employés ont chacunleur équipage dans le même but et sous lemême prétexte. Les chevaux des pays par-courus par l’armée, et ceux de la Prussequi n’ont pas succombé dans la marche enavant, sont entassés ainsi à la queue de noscolonnes, attelés à des charrettes, à desbritschke de toutes les dimensions. Il y apresque autant de voitures que de combat-tants : jamais armée moderne n’a offert unspectacle pareil. C’est avec ces impedimentaque nous allons opérer la retraite la plusdélicate et la plus pénible que jamais arméeait osé entreprendre.

Je fus forcé de tolérer ces abus, car cesabus étaient notre unique ressource; ceséquipages, me disais-je, diminueront chaquejour, et les voitures, abandonnées aprèsavoir transporté nos subsistances, servirontà faire des barricades de charriots contreles partisans de l’ennemi, ou elles transpor-teront les malades, les blessés que la retraitenous occasionnera. En attendant, cette nuéede chevaux dévora tout sur son passage, etsuccomba elle-même faute d’aliments. Lestraces que nous laissâmes après nous attes-tent que les grandes entreprises périssentpar la grandeur même des préparatifsqui semblent devoir les faire réussir.

Mortier resta à Moscou avec 7 à 8 millehommes; il devait évacuer tout ce qui res-tait, couvrir nos communications jusqu’à ceque notre marche fût prononcée, puis fairesauter les tours du Kremlin et incendierles bâtiments [i]. Ensuite il rallierait les res-

étail un acle violenl qui indiquait toute l'humeurque l’incendie de Moscou avait donnée à Napoléon contre les Russes . C’était une vengeance indigne delui: il aurait pu s’en dispenser pour sa propre gloire.