CHÀP. XVIII. CAMPAGNE DE 1812.
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mille hommes hors de combat. Elle auraitpu avoir des suites désastreuses pour nous,si le gros de l’armée russe, qui avait déjàgagné la route de Wiazma à Jouknow, avaitagi franchement ; mais Koutousof, qui crai-gnait d’engager une affaire générale, s’étaitarrêté à Bykowo, à trois lieues de Wiazma,en se bornant à pousser sur celte ville ungros détachement de cavalerie; ce dernierfut contenu toute la journée par le corpsde Ney, qui couvrait la ville du côté deJouknow. On a reproché cette faute à Kou-tousof; et, sous le rapport de tactique, c’enétait une grave. Si ses eo mille hommes,campés à Bikovo, eussent chassé Ney deWiazma, c’en était fait de la moitié de monarmée : mais alors nous étions encoreredoutables, Koutousof s’exposait à unebataille, et, comme il était sûr de nous ra-mener sur le Niémen sans exposer sa ré-putation, il nous fit un pont d’or en cetteoccasion.
I.e froid commence à rendre la retraite désastreuse.
Échappée à un danger aussi imminent,mon armée continua sa retraite sur Smo-lensk. Elle commençait à devenir de plus enplus pénible : les vivres qu’on avait puemporter de Moscou étaient épuisés ; leschevaux manquant de fourrages, tombaientpar attelages entiers : on était ainsi forcéd’abandonner beaucoup d’artillerie. L’hivervenait enfin de remplacer un automne ex-traordinairement beau pour ces climats gla-cés. Ney, qui formait l’arrière-garde, seplaignait avec amertume du désordre quis’introduisait dans tous les corps, et deve-nait de jour en jour sensible pour celui quifermait la marche. Mes aigles, naguère em-blème de triomphes, étaient, pour les sol-dats qui leur restaient fidèles, le talismanauquel se rattachaient toutes les souffranceset toutes les privations. Une mort certaine
paraissait le sort inévitable de ceux qui seserraient avec une courageuse résignationautour d’elles.
Conspiration des généraux Mallet et Lahorie .
La fortune semblait avoir pris à tâche dem’accabler de ses rigueurs. Ce n’était pasassez du tableau déchirant qui commen-çait à se dérouler à mes yeux, et dont lemoindre résultat était de remettre en ques-tion la puissance que j’avais acquise en Eu-rope ; elle me préparait l’épreuve non moinspénible de voir mon trône renversé par unsimple prisonnier d’état. J’appris le 6 no-vembre, à une marche de Smolensk , la sin-gulière conspiration des généraux Mallet etLahorie ; si toutefois on peut donner lenom de conspiration à un coup de tête sansexemple dans les fastes du monde.
Le général Mallet, plus connu par sesexploits de galanterie que par ses faitsd’armes, du reste apôtre ardent de ladémagogie, et non partisan des Bour-bons, comme on l’a voulu dire dans ces der-niers temps, m’avait forcé à le faire enfermerdepuis quatre ans. On l’avait transféré en-suite pour cause de maladie dans une mai-son de santé où il était sur parole.
Du fond de cette espèce de prison, l’ima-gination ardente de cet aventurier conçoitle hardi projet de changer la face de l’état.Il connaissait notre entrée à Moscou et l’in-cendie qui s’en était suivi ; persuadé que,quelle que fût l’issue de la campagne, j’au-rais assez d’occupation à soo lieues de Paris pour ne pouvoir a temps déjouer ses trames,il s’évade dans la nuit du 20 au 24 octobre,se présente aux casernes, y annonce mamort, et muni d’un faux ordre de l’état-major de la place, il demande un détache-ment au nom du gouvernement provisoirequi va prendre les rênes de l’État.
A la tête de sa troupe, il vole à la Con-