CIIAP. XVIII. CAMPAGNE DE 1812 .
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avec son armée, côtoyait la grande route,en se dirigeant par Elnia. C’était d’autantmieux calculé de sa part, qu’il conservaitson armée en la dirigeant par un paysmoins ruiné, et que, d’un autre côté, enmenaçant continuellement de nous débor-der et de nous prévenir sur notre lignede retraite, il m’obligeait à précipiter mamarche, et à n’accorder aucun relâche auxtroupes. Son avant-garde tomba ainsi à Lia-kowo au milieu de la division Baraguay-d’Hilliers, qui avait peu de cavalerie et nes’attendait à rien : la brigade du généralAugereau fut ainsi enlevée après un com-bat insignifiant.
J’arrivai à Smolensk le 9 : toute mon ar-mée y fut réunie le 13. Elle était dans undénuement complet. Smolensk lui avait étéprésentée comme la terre promise, le termede tous ses malheurs. Quel mécompte! Cetteville qui en été nous avait paru charmante,et dont les environs, surtout au sud, sontriches et abondants en grains, ne nous of-frit plus que des maisons désertes, rempliesde malades, de mourants, et des magasinsvides. La présence du corps de Bellunedurant deux mois autour de cette ville, lagarnison, les 15 mille blessés ou malades,les troupes de passage, avaient consommé60 mille rations par jour, approvisionne-ment immense qui eût suffi à mon arméed’Italie, et qui fut dévoré au fur et à'me-sure que les transports arrivaient à forcede soins et d’activité.
Ainsi, au lieu d’espérances et de ressour-ces, je ne trouvai à Smolensk que scènes dedésolation. Mon armée y entra par bandesméconnaissables ; trois jours d’un froid qui
[1] Le froid avait été plus fort dans les campagnesde Hollande en 1795 et dans celle d’Eylau en îsw, qu’ilne le fut jusqu’à la Bérézina; mais à ces premièresépoques les soldats recevaient des vivres, du vin, de
n’avait cependant rien d’extraordinaire [1]avaient suffi pour la désorganiser en partie.Déjà près de 200 pièces de canon avaient étéabandonnées faute d’attelages.
En quittant Dorogobuje, le corps duvice-roi prit la route de Doukowchina, qu’ilavait suivie pendant notre marche en avant,mais dans une attitude bien différente : ta-lonné et pressé en flanc par les 5 millechevaux de Platof, il se trouve resserré aupassage du Vop, rivière peu considérablequ’on avait à peine aperçue en été, maisqui, gonflée parles pluies, n’étaitplus guéa-ble que dans certains endroits. Les pontsen étaient détruits, les rampes, assez roides,étaient couvertes d’une neige changée enverglas. Après de vains efforts, Eugène,pour sauver les restes affamés de son infan-terie, dut se jeter avec elle dans l’eau jus-qu’aux épaules : quelques pièces passèrent-mais le gué, se trouvant défoncé et les rampes impraticables, il fallut abandonner toutel’artillerie et les bagages ; le reste du corps,trempé et transi, arriva à Smolensk au mo-ment où Ney en approchait avec l’arrière-garde.
Grand plan des Russes pour couper noire retraite.
Rassuré sur l’existence de ces deux corpsqui m’avaient donné de grandes inquiétu-des, il devenait d’autant plus urgent denous remettre en marche, que ce qui sepassait sur nos flancs et nos derrières étaitloin de m’offrir quelque consolation et quel-ques ressources pour le rétablissement denos affaires. Partout l’ennemi prenait l’as-cendant sur mes lieutenants, et déployaitautant d’activité que d’audace. A la vérité
l’eau-de-vie, et ils ne bivouaquaient pas tous lesjours dans la misère avec la certitude d’un lende-main pire encore.