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NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR. ETC.
Mouvement tardif des Autrichiens pour secourirla droite.
Sch war tzenberg, sour d j usqu’à une heureà toutes les représentations des officiersrusses, avait enfin reconnu que sa droiteserait écrasée, et qu’il s’agissait de revenirà son secours. Tous les efforts de Merfeldtpour déboucher de Dœlitz ayant été super-flus, le prince se décida alors à revenir parBaschewitz sur la rive droite de la Pleisse ,que pour sa gloire il n’aurait dû jamais quit-ter : il ramenait avec lui deux divisions decuirassiers et les deux divisions de grena-diers du prince de Hesse-Hombourg .
Cette résolution, quoique bien tardive,eut son effet. Les divisions de cuirassiersautrichiens passèrent la Pleisse à un gué,et débouchèrent de Grœbern au momentoù Kleist était vivement pressé. Elles fondirent entre le corps d’Augereau et la ca-valerie, culbutèrent celle-ci, et poussèrentjusqu’à la jeune garde à l’instant même oùLatour-Maubourg en faisait autant contrecelle des souverains sur les hauteurs deGossa.
Celte charge des ennemis, qui pénétrajusque près de moi, m’inquiéta ; d’un autrecôté, le canon tonnait au nord de Leipsick;Marmont, loin de pouvoir me seconder,était lui-même fortement aux prises. Lesdivisions de grenadiers russes venaient dedonner au centre des alliés une nouvelleconsistance; la terre semblait se couvrir debataillons ennemis à mesure que nous re-culions notre horizon; je n’osai soutenir latrouée de Latour-Maubourg et de Bellune
à une heure : une division de cuirassiers débouchaaussilôt pour soutenir Klénau; les grenadiers suivi-rent pour appuyer Wittgenstein. Les gardes russeset prussiennes et le reste des cuirassiers débouchè-rent un peu plus lard. Il n’y eut aucun conseil tu-multueux ; mais le fait est que la grande charge deLatour-Maubourg força l’empereur Alexandre à
avec ma vieille garde : tout le reste de mesforces était an feu. Macdonald était auxprises avec Kiénau, qu’il avait poussé assezloin. La belle cavalerie d’Espagne qui lesoutenait, avait été paralysée parla blessuredu général Pajol qui la commandait. Cetétat des choses ne laissait que peu d’espoirde remporter une victoire décisive. Bientôtles Russes ralliés à Gossa y tinrent avecacharnement ; l’arrivée des gardes et desgrenadiers autrichiens qui étaient parvenusà déboucher sur la droite de la Pleisse enrevenant sur leurs pas vers Crostewitz,avait changé toutes les chances. Nos pre-miers succès étaient glorieux, mais ne chan-geaient rien à la situation des affaires. Ilm’importait d’obtenir d’autres résultats,avant la fin de la journée. Ce motif me dé-termina à essayer, vers les six heures, undernier effort. Tout se préparait autour demoi pour l’attaque décisive sur Stœrmthal et Grœbern, lorsque mon attention fut atti-rée derrière ma droite où l’ennemi venaitde passer la Pleisse . Sehwartzenberg, nevoulant pas démordre du projet de pas-ser à Dœlitz, ayant imaginé que l’arrivéedes divisions de grenadiers autrichiens àMark-kleeberg faciliterait le passage de Mer-feldt, lui avait prescrit de renouveler sestentatives. Déjà cinq à six bataillons autri-chiens, après s’être emparés de Dœlitz.cherchaient à en déboucher, suivis par toutle corps d’armée. La division Sémélé épuiséene pouvait résister. Je lançai la vieille gardesous le général Curial, seule troupe qui merestât sous la main. Poniatowski y envoya
monter à cheval pour se porter à quelques pas enarrière, et à faire donner ses Cosaques pour arrêterla tête de colonne ; il fit comme Napoléon au cime-tière d’Eylau, et montra du sang-froid : ce qui étaitd’autant plus méritoire, qu’il n’avait sous la main niinfanterie ni artillerie.
(Éditeurs.)