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NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.
Delmas, tombe sous ce feu meurtrier ; sestroupes, cédant de nouveau à une supé-riorité accablante, reviennent jusqu’à Stras-senhœuser.
Autant le canon de l’ennemi avait de su-périorité sur celui de Delmas, autant nousavions davantage à Probsthayde sur lesmasses épaisses qui s’obstinaient à restersous notre feu sans vouloir rétrograderd’un pas.
En vain quelques généraux russes , pé-nétrés de l’inutilité de ce carnage, propo-sèrent de le faire cesser, et, dans la certi-tude que notre retraite serait inévitable le 19,ils proposaient de porter les belles réservesde cavalerie avec le corps de Giulay sur laroute de Lutzen . Ce conseil, quoique ap-prouvé d’abord, eut le sort de tant d’au-tres, et ne fut pas exécuté. Les alliés,comme Koutousof à Krasnoï, se conten-tèrent d’un demi-succès qui leur garantis-sait notre retraite au delà du Rhin . Us re-tirèrent pourtant une partie des massesqui étaient restées si longtemps sans utilitésous notre feu.
Bliicher et Langeron n’avaient paséprouvé moins d’obstacles à l’attaque deSchœnfeld, que Lagrange, Compans etFrédéric défendirent avec une grande va-leur, perdirent et reprirent plusieurs fois.Ces troupes de Marmont, affaiblies par lescombats du 16 et par cette sanglante lutte,étaient sur le point de succomber malgréles plus glorieux efforts. Compans étaitblessé ; Frédéric tué ; Marmont vit sonchef d’état-major et ses aides-de-camp tom-ber à ses côtés ; encore quelques instants,et le 6 ° corps enfin allait être détruit, lors-que Ney lance sur l’ennemi les deux divi-sions du 3 e corps demeurées en réserve.Schœnfeld, pris et repris jusqu’à sept fois,restait en notre pouvoir, lorsque les mou-vements rétrogrades de la droite et l’ap-
proche des réserves de Langeron déci-dèrent Ney à reployer sa gauche à portéede fusil de ce village.
Au nord de Leipsick, les corps de Sackenet d’Yorck avaient tenté sans succès d’em-porter le faubourg de Halle, mis à l’abrid’un coup de main et défendu par la divi-sion Dombrowski et la cavalerie du duc dePadoue .
Du côté de Lindenau, Bertrand, ayantreçu quelques renforts, chassa aisément ladivision Lichtenstein du corps de Giulay,et ouvrit la route de Weissenfels .
On voit, par ce récit, que nous perdîmespeu de terrain à la gauche; le reste de laposition principale fut maintenu, et aucunde nos corps n’avait été entamé, grâceau peu d’usage que l’ennemi sut tirer de sacavalerie. C’était beaucoup pour la gloire,ce n’était rien pour le succès delà campagne;car telle était la situation désespérée de nosaffaires, qu’un demi-succès équivalait à unedéfaite.
Journée du 19 octobre.
La bataille s’étant prolongée jusqu’à lanuit, et les troupes étant exténuées de fatigueet de faim, il devenait très-difficile d’opérerla retraite dans la nuit.
Pour l’effectuer d’une manière conve-nable, il aurait fallu jeter dès le 17 plusieursponts secondaires sur la Pleisse et l’Elster.Il eût été indispensable de faire filer tousles équipages de l’armée le 18, sous la pro-tection du corps de Bertrand. On les laissaencombrés au contraire entre l’armée etLeipsick : non-seulement Berthier ne son-gea à rien, mais, dévoré par la crainte dedévoiler trop tôt la retraite et de semer ledécouragement, il repoussa toutes les me-sures de prudence que les officiers d’état-major les plus bornés eussent prises à saplace, comme s’il eût été persuadé que jereprendrais mon ascendant sur l’ennemi.