CHAP. XX. CAMPAGNE DE 1813.
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bordés; il se replia d’abord derrière l’I-sonzo, puis sur la rive droite de la Brentadont il détruisit les ponts.
Eugène aurait pu tomber de toutes sesforces sur la gauche des Autrichiens, l’a-néantir et se rabattre par la Drave sur lesderrières de son adversaire. C’eût été lependant de mon affaire contre Wurmserpar les gorges de la Brenta; avec cette dif-férence qu’il avait de plus que moi Man-toue. Mais pour tenter de telles entreprises,il faut un caractère impétueux et destroupes sûres, qu’Eugène n’avait pas. Af-faibli par les garnisons de Mantoue et deVenise , ébranlé surtout par la défection dela Bavière qui ouvrait le Tyrol à nos enne-mis, il jugea plus sage de se replier sur l’A-dige autour de Vérone .
Hiller, n’osant déboucher sur ses der-rières en forçant Rivoli , fila par les gorgesde la Brenta, pour rejoindre sa gaucheet s’avancer vers Vicence . De nouveauxchocs eurent lieu dans la position si souventensanglantée de Caldiero , que les Autri-chiens emportèrent parce que tous lesavantages de ce poste célèbre sont tournéscontre Vérone et non contre des troupesdébouchant de Vicence . Le général Nu-gent bloqua Venise de concert avec unedivision anglaise, et il s’empara par mer duport de Ferra re. L’Istrie , la Dalmatie ,l’Illyrie , le Tyrol, les États de Venise , tom-bèrent ainsi au pouvoir de l’ennemi, parlescontre coups de la bataille de Leipsick etde la funeste résolution de la cour de Mu nich .
Le cabinet de Vienne décidé à reconqué-rir l’Italie , y envoya alors le maréchal deBellegarde avec un renfort de 25 millehommes sous Klenau. Aussitôt après lareddition de Dresde , ce corps fila par laBavière et le Tyrol sur l’Adige , où nousle retrouverons plus tard.
Soult prend le commandement aux Pyrénées occidentales.
En Espagne , les affaires n’allaient pasmieux pour moi : la nécessité de rendre unpeu de vigueur à l’armée de Joseph, m’a-vait déterminé à le rappeler à Paris , et à enconfier le commandement général au ma-réchal Soult. C’est le parti que j’aurais dûprendre dès îsn, en le donnant pour men-tor à Joseph, et en plaçant sous les ordresde mon frère les armées du centre, de Por tugal et d’Andalousie , avec autorisation deles réunir ou diviser à volonté. Quelquetardive que fût ma résolution, j’espérais quece maréchal mettrait du moins, sur les Py rénées , un terme aux succès des armes bri-tanniques. Il résolut en effet de signaler sonretour, et. de relever un peu le moral de sonarmée , en la portant en avant au secoursde Pampelune . Le projet était bien imaginé ;mais la difficulté des lieux, et la situationrespective des partis, en rendaient le succèstrès-difficile, pour ne pas dire probléma-tique.
Soult fond du haut des Pyrénées par sagauche, avec 40 mille hommes divisés endeux colonnes, par Roncevaux et Maya ; ilse dirige lui-même sur Pampelune par lepremier de ces chemins; il espère délivrerla place, et se rabattre ensuite sur le centredes alliés.
Cette manœuvre était bonne; mais l’aspé-rité des montagnes, un peu de lenteur dansla marche, et la défense opiniâtre de ladroite des Anglais sous le général Picton,donnèrent le temps à Wellington d’accouriravec son corps de bataille. Il se renforçades troupes espagnoles qui assiégeaientPampelune , et contint Soult, en mêmetemps que deux divisions anglaises sousHill et Dalousie débordèrent la droite jus-