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NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.
L’invasion trouvait néanmoins quelquescontradicteurs qui redoutaient nos placesfortes et notre énergie, et à qui la diver-gence d’intérêts politiques n’échappait pas.La question fut décidée affirmativement parles démarches d’un comité d’intrigants quiencouragèrent à la ruine de leur pays poursatisfaire des ambitions personnelles, et quienvoyèrent des agents à Francfort pour dé-voiler aux alliés la facilité qu’ils trouveraientà pousser jusqu’à Paris .
Sur ces entrefaites, un autre comité d’o-ligarques bernois vint offrir le territoiresuisse pour servir de pont sur le Rhin ; car,selon leur coutume, les Autrichiens allèrentchercher fort loin un pont qu’ils auraientpu jeter partout. L’invasion fut donc résolue.
Invasion delà Hollande et de la France .
Les alliés savaient combien le systèmecontinental avait allumé de haine parmi lesmarchands d’Amsterdam ; ils n’ignoraientpas que les nombreuses places de la Hol-lande étaient dépourvues de tout. Ils y dé-tachèrent les corps de Bulow et de Benken-dorf, qui s’emparèrent presque sans coupférir de tout le pays jusqu’au Wahal; Ni-
[1] Toutes les relations de cette campagne ont dé-naturé les motifs de l’invasion de la Suisse . Quel-ques-uns ont été jusqu’à l’imputer au général suisse Jomini , qui a fait, au contraire, tout ce qu’il pouvaitpour garantir son pays. Dès le lendemain de la ba-taille de Leipsick, il sollicita l’empereur Alexan-dre de sauver la Suisse en respectant ses vallées, etmaintenant les principes de la centralisation fédé-rale et l’existence des dix-neuf cantons. L’empereurle promit, et M. Capo-d’Istria fut aussitôt envoyé enSuisse avec des instructions dans ce sens. Quelquetemps après, les députés suisses vinrent à Francfort .Jomini fut chargé de stipuler avec M. de Metternich la neutralité de leur pays. L’Autriche en voulait à laroute du Simplon, pour tourner Eugène en Italie ;Jomini observa que ses armées pouvaient y aller parBienne , Neufchûtel et Genève , alors provinces fran çaises , étrangères à l’Helvétie; et l’empereur Alexan-
mègue, Grave même, ouvrirent des portesqu’aucune troupe n’était à portée de défen-dre.
Bliicher passa le Rhin près de Mayence ,laissa un corps devant cette place, et s’a-vança sur Nançy . Wittgenstein passa àBrisach et franchit les Vosges ; mais tousdeux trouvèrent d’abord sur letfr chemin unefoule de paysans armés pour leur disputer lesol qu’ils voulaient envahir. En vain la peinede mort est prononcée contre tout villageoispris les armes à la main, en vain l’incendiedoit dévorer tout village français coupablede résistance; des plaines de l’Alsace et desvallées des Vosges s’élancent des bandes delaboureurs et d’ouvriers qui font payercher aux détachements isolés des armées dela Prusse et de l’Autriche les excès auxquelsils commencent à se livrer; seuls, ils suspen-dent la marche de l’ennemi. Les Champe-nois et les Francs-Comtois suivent leurexemple : les Bourguignons se' lèvent à leurtour, et pendant quelques jours j’ose espé 5 **rer que l’amour de la patrie fera en ish cequ’avait fait la terreur en 93.
Schwartzenberg, cédant aux sollicitationsdes Bernois, avait envahi la Suisse [1]; mais
dre, déterminé par ces considérations , promit laneutralité aux députés.
Mais l’Autriche avait pris les devants; jalouse defaire succéder son influence à celle de la France ,elle avait chargé le Saxon Senft de Pilsach de cettetâche , en l’appuyant sur le parti bernois, qui avaittoujours été dans l’intérêt de l’Autriche depuis laguerre de 1798.
Les Bernois allèrent au-devant des désirs du ca-binet de Vienne ; heureux de ressaisir leur préémi-nence, ils envoyèrent des députés à Schwartzenbergpour lui offrir de se joindre aux alliés, s’ils en-traient en Suisse . Cependant les Autrichiens n’igno-raient pas les promesses faites par l’empereurAlexandre. Ils entrèrent, précédés d’une proclama-tion écrite an nom des alliés, mais qui était uneœuvre ténébreuse de la politique aulique. Capo- d’istria . placé dans l’alternative de rompre la coa-