CHAP. XXL CAMPAGNE DE 18 14 .
577
disproportionnées. D’un autre côté, il m’im-portait de me réunir à Mortier pour cou-vrir la route de Paris ; et le pont de Les-mont étant coupé, il me fallait tenir 24heures à Brienne , pour avoir le temps dele rétablir : c’était en effet le seul cheminque nous pussions prendre, vu qu’il n’existeaucune route directe de Lesmont-sur-Arcis,par la rive droite de l’Àube . Il fallait donc,à tout prix, gagner un jour, marcher àTroyes , y rallier Mortier et Macdonald, etattendre de voir plus clair dans les projetsdes ennemis.
J’espérais qu’ils passeraient la journéesuivante à combiner une attaque et à ré-unir leurs forces, ce qui nous donnerait letemps de filer. Je pensais qu’ardents à pro-fiter alors de leur supériorité, ils se livre-raient à de larges mouvements sur mesflancs et me donneraient la faculté de lescombattre en détail.
Malheureusement il n’en arriva pas ainsi;-tés alliés avaient déjà résolu à Chaumont de rassembler concentriquement leurs mas-ses et de venir me livrer bataille le 1 e1 fé-vrier.
L’attaque commença à midi ; mon arméela soutint admirablement. A droite, Gérarddisputa héroïquement le pont de Dienville aux Autrichiens de Giulay ; au centre, Sac-ken se lance avec impétuosité sur la Ro-thière, que défend la jeune garde sous Du-hesme ; notre cavalerie, sous Colbert, Piréet Guyot, exécute des charges admirablessur les masses d’infanterie russe : elle estsur le point de les ébranler, quand Wassill-chikoff fond sur elle à son tour et la cul-bute. Vainement Nansouty et Grouchy seprésentent sur ses flancs ; il est trop tard :l’infanterie de Sacken, enhardie par le suc-cès de la cavalerie, s’est précipitée sur laRolhière, qu’elle enlève. Une bonne par-tie de la division Duhesme et 24 pièces de
la garde tombent au pouvoir de l’ennemi.
Malgré cet échec je ne me serais pas tenupour battu si Wrède 11’eût débouché aumême instant des bois de Soulaine, à la tètede 25 mille Austro-Bavarois , qui menaçaientd’écraser notre gauche.
J’accourus en personne avec une brigadede cavalerie, une d’infanterie et une batte-rie; mais ce faible renfort n’empêcha pasMarmont d’étre chassé des hauteurs de Mor-villiers.
Je résolus la retraite; mais, comme ilfallait gagner du temps, je lançai Oudinot,avec une division de jeune garde, sur laRothière, et chargeai Grouchy de seconderBellune sur les hauteurs de la Giberie. Mal-heureusement l’ennemi était trop fort; legénéral Rothenbourg , pénétrant jusqu’aumilieu de la Rothière, y fut reçu par Sac-ken et Bliicher en personne, qui le rame-nèrent, tandis que les grenadiers russes fail-lirent l’enlever en le tournant.
D’un autre côté, le prince de Wurtem-berg, également renforcé de deux divisionsrusses , venait d’emporter les hauteurs dela Giberie, de ramener Bellune jusqu’audelà de Petit-Mesnil et d’effectuer sa jonc-tion avec Wrède. Le danger était immi-nent; la nuit nous tira d’embarras : la re-traite fut ordonnée à 8 heures du soir etopérée en ordre, à la faveur de l’artilleriede la garde, qui incendia la Rothière. Nousnous repliâmes sur Brienne et Lesmont,abandonnant 54 pièces de canon et 3 milleprisonniers; nous eûmes en outre 4 milletués et blessés, la perte de l’ennemi ne s’é-leva pas à moins de 6 mille hommes.
Cet échec au début des opérations enFrance était d’autant plus déplorable qu’iljetait le découragement parmi les miens etredoublait le courage de nos ennemis inté-rieurs et extérieurs. Je n’eus, toutefois, au-cun reproche à me faire dans cette occa-
48