CH AP. XXI. CAMPAGNE DE 1811 .
581
où les Prussiens avaient gardé un pont surla Marne ; mais Sacken ne crut pas pouvoirse dispenser de suivre à la lettre les ordresde son général en chef, qui lui prescrivaitde venir à Montmirail . Il se détermina à s’enouvrir le chemin l’épée à la main, en nousattaquant dans la position que nous occu-pions en avant de la ville, un peu au-dessusde l’embranchement des villes de Château- Thierry et de la Ferté.
York partage sa défaite à Château-Thierry .
L’affaire fut chaude et notre victoire com-plète. La nuit qui survint nous empêcha deprofiter de nos avantages pour achever laruine de l’ennemi. Cependant il perdit 26 piè-ces de canon, et 4 mille des siens furenttués, blessés ou prisonniers. Le lendemain,renforcés de isoo chevaux, nous le poursui-vîmes jusqu’à Château-Thierry , où il repassala Marne en grand désordre. L’arrière-garded’York, mal déployée à moitié chemin de_rette ville, fut enfoncée par la cavalerie deNansouty et jetée dans la Marne qu’elle avaità dos. Cette journée coûta encore aux alliésplus de 5 mille hommes.
Le 15 , nous passâmes la Marne à Château- Thierry . Les ennemis avaient continué leurretraite sur la route de Soissons . Mortierse mit à leur poursuite avec un corps de 4à 5 mille hommes, et poussa jusqu’à Ro-court.
BUlcher est battu à Vauxchamps et à Etages.
Pour achever de battre en détail l’arméede Silésie , il ne me restait plus qu’à écraserles corps de Kapzewicz et de Kleist . Blii-clier in’en facilita les moyens : le maréchalprussien, qui s’était distingué par ses opéra-tions en Silésie et en Saxe, était aveuglé parla haine et la présomption. Il n’avait riencompris à ma manœuvre, et était resté lesbras croisés pendant 48 heures à Vertus, où
il s’était rendu de Fère-Champenoise dansla matinée du n : le 13 , il se mit en mouve-ment dans la direction de Montmirail . Mar-mont, trop faible pour s’engager sérieuse-ment, se replia jusqu’à Vauxchamps.
Je vis avec plaisir Blùcher courir à saperte. Je laissai Mortier à Rocourt pourobserver les débris de Sacken et d’York.Avec le reste de ma garde et la cavalerie deGrouchy , je partis de Château-Thierry pourMontmirail , où j’arrivai le 14 à huit heuresdu matin : j’y recueillis Marmont, et j’ordon-nai sur-le-champ de reprendre l’offensivecontre l’ennemi qui s’était avancé jusqu’àVauxchamps. Nous emportâmes ce village.Blùcher , se voyant attaqué lorsqu’il croyaitpoursuivre, ordonna la retraite : elle futhonorable, mais désastreuse pour les enne-mis. Leurs colonnes vivement pressées enqueue, et débordées par la cavalerie deGrouchy , éprouvèrent des pertes accablantesdans leur marche rétrograde jusqu’à Étoges.Cette journée leur coûta encore dix dra-peaux, quinze pièces de canon, et près de8 mille hommes hors de combat ou prison-niers.
Il rallie avec peine son armée.
Blùcher se retira à Châlons , où il fut jointpar les corps de Sacken et d’York, quifirent le long détour par Reims . L’arméede Silésie se trouvait affaiblie de 20 millehommes; mais un renfort de 10 mille qu’ellereçut à Châlons la porta de nouveau à 45mille combattants. D’un autre côté, l’arrivéedu corps de Wintzingerode, qui, après s’ê-tre bien fait tirer l’oreille, venait enfin des’emparer de Soissons par un coup de main,devait le seconder puissamment. Nonob-stant cela, le désordre était si grand danscette armée lorsqu’elle gagna Châlons , quesi je l’eusse vivement poussée, je l’auraisanéantie. Le danger que courait la capitale