CHAP. XXL CAMPAGNE DE 1814 .
385
droite du fleuve les corps du prince de Wur-temberg, de Wrède et de Wittgenstein, quis’établirent à Montcreau, à Donemarie et àProvins . Le comte Pahlen, avec l’avant-garde de Wittgenstein, poussa jusqu’à Mor-mant.
Combat de Nangis.
Convaincu qu’il n’y avait qu’une extrêmeactivité qui pût suppléer à mon inférioritéen nombre, je repris l’offensive dès le 17, endirigeant toutes mes forces sur Mormant.L’avant-garde de Pahlen, attaquée à l’im-proviste, fut enlevée presqu’en entier : lesalliés se mirent en retraite. Oudinot lespoursuivit sur Provins , Macdonald sur Done-marie, Victor, chargé de gagner Montereau ,donna, chemin faisant, sur une division ba-varoise qu’il battit ; mais cela l’empêcha degagner Montereau le même jour. L’ennemiperdit 3 mille hommes et 14 pièces de canon.Cette poursuite excentrique fut une faute;j’aurais dû jeter toutes mes forces sur Pro-—vins ou sur Bray.
Le 18, nous continuâmes à nous avancersur la Seine . Wittgenstein repassa le fleuveà Nogent, et Wrède à Bray; mais le princede Wurtemberg, lié par les instructionsmal conçues de Sçhwartzenberg, eut la té-mérité d’accepter un engagement devantMontereau avec le 2 0 corps.
La position, couverte d’une nombreuseartillerie, était bonne, tant qu’il ne s’agissaitpas de reculer; mais adossée à un vrai coupe-gorge, elle offrait un danger réel. Victorl’attaqua d’abord sans succès; mais le géné-ral Gérard s’y porta avec sa réserve compo-sée de paysans; je lui donnai le commande-ment, il renversa tout dans le défilé : j’étaisaccouru sur ces lieux avec quelques esca-drons qui achevèrent la défaite. Montereau et le pont furent enlevés au pas de charge,
et les Wurtembergeois culbutés jusqu’àMarolles, avec perte de 6 mille blessés ou pri-sonniers : nous eûmes à regretter 2500 hom-mes, et le brave général Chateau, officier dela plus grande espérance, chef d’état-majoret gendre du duc de Bellune.
Sçhwartzenberg évacue Troyes .
Ces échecs portèrent le découragementparmi ceux des alliés qui faisaient, malgréeux, cette guerre au cœur de la France .Sçhwartzenberg éperdu se retira sur Troyes ,et sollicita Blücher de voler à son secours.Je passai la Seine le 19 à Montereau , et lesjours suivants je meportai sur Troyes . Le 22,nous arrivâmes devant cette ville. La grandearmée des alliés, concentrée à Troyes , occu-pait les deux rives de la Seine. Blücher ,venu de Châlons par Arcis, était à Méry, etse trouvait ainsi en liaison immédiate avecSçhwartzenberg. Cette jonction est la meil-leure preuve que j’avais perdu une partiede mes avantages en me jetant sur la gauchede la grande armée. J’aurais recueilli plusde fruit et j’aurais eu moins de chemin àparcourir pour déborder et accabler sadroite : opération qui eût empêché touteréunion avec Blücher .
Quoi qu’il en soit, je m’attendais que lesalliés profiteraient de la réunion de forcesaussi considérables pour me livrer une ba-taille décisive. J’étais résolu de l’accepter,parce que nous ne pouvions pas reculer sansmener de nouveau l’ennemi sur la capitale,dont il m’importait surtout de le tenir éloi-gné ; mais, à mon grand étonnement, il n’enfut rien, et ils continuèrent leur retraite.Les événements qui s’étaient passés au Midiavaient redoublé les craintes de Schwart-zenberg, parce qu’ils contrariaient singuliè-rement les vues de son maître sur l’Italie .
Tant de succès avaient ranimé mes es-pérances, moins encore par les résultats