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NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.
positifs qu’ils semblaient me promettre, quepar l’espoir qu’ils électriseraient la France ,et qu’un mouvement national amènerait l’ex-pulsion de l’ennemi de notre territoire. Ilne me fallait que 50 mille hommes de gardesnationales pour reconduire vigoureusementles alliés en Allemagne : ces sa mille hom-mes ne se levèrent pas ! Dans l’attitude oùla victoire venait de me replacer, les propo-sitions faites à Caulaincourt ne pouvaientplus me convenir ; je tremblais qu’il n’eûtfait usage des pouvoirs arrachés à ma fai-blesse par les instances de mes conseillers :je me hâtai de lui retirer ces pouvoirs illi-mités. Heureusement il ne s’était pas em-pressé de consommer mon humiliation. Deshommes, peu versés dans les affaires diplo-matiques de l’Europe , l’ont accusé d’avoirnégligé ces dix jours où il avait eu carteblanche : rien n’est plus injuste. En le fai-sant, il n’eût sauvé que ma couronne, laFrance n’y eût rien gagné : au lieu d’unemonarchie brillante, elle eût été un empireavili, voilà tout. Je le remercie pour magloire de n’avoir rien signé de pareil. Aumoment où je lui relirais ses pouvoirs, ilétait requis par les alliés de soumettre uncontre-projet, s’il n’acceptait pas celui quilui était présenté, comme le sine qnâ nonde la coalition. Ceci donna lieu à de nou-veaux délais, et je n’en fus pas fâché; carj’espérais tout du temps, ne pouvant croireque chaque jour resserrât de plus en plusles nœuds d’une alliance regardée à justetitre comme monstrueuse. Avant d’exposerce qui se passait dans cet instant au quar-tier-général diplomatique des souverains,je dois dire un mot des événements surve-nus au Midi.
Opérations d’Italie ; succès du vice-roi sur le Mincio,et d’Augereau vers Genève .
La défection de Murat rehaussa pour
un moment les espérances du cabinet deVienne; mais la lenteur avec laquelle il s’a-vançait sur le bas Pô pour concerter sesopérations avec le maréchal Bellegarde, lemystère dont il couvrait sa marche, les rela-tions qu’il entretenait avec le vice-roi, luidonnèrent des soupçons sur la fidélité dece nouvel allié. D’un autre côté, il est clairque si le roi de Naples tardait tant à se dé-clarer, c’était pour le faire en faveur desvainqueurs; ainsi, au premier revers quej’allais essuyer en France , Eugène devaitêtre assailli de tous côtés; Déjà les Autri-chiens avaient poussé des détachements deGenève sur la communication du Simplon.Un orage menaçait le Piémont et la hauteItalie . Les Anglais préparaient une descenteà Livourne pour joindre Murat. Le vice-roi,entouré d’ennemis, ne perdit pas courage :son premier soin fut d’évacuer la ligne del’Adige pour resserrer sa défensive sur leMincio en s’appuyant à Mantoue . Bellegarde,attribuant sa retraite à la crainte que luninspirait Murat, qui s’approchait en effet deses communications, voulut en profiter pourfondre de son côté sur le vice-roi, et fit tousles préparatifs pour passer le Mincio versPozzolo le 7 février. Eugène, prévoyantcette manœuvre, avait renforcé sa droite àGoito, et porté la garde, la réserve et sonquartier-général à Mantoue , d’où il débou-cha habilement sur le flanc gauche des Au-trichiens, qu’il mena battant jusqu’auprèsde Valeggio. Sa faiblesse numérique l’em-pêcha de tirer tout le parti de sa victoire;mais il imposa tellement à Bellegarde, quece maréchal, forcé de revenir sur la rivegauche du Mincio, ne fit plus qu’une fai-ble tentative pour le passer, lorsqu’il sutque le tiers de l’armée du vice roi avait étédétaché à Parme contre Murat. Le géné-ral autrichien, repoussé dans cet essai, etdans une manœuvre décousue par les mon-