CIIAP. XXI. CAMPAGNE DE 1814 .
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armée des alliés se retirait avec tant de pré-cipitation, que je n’aurais pu la suivre sanstrop m’éloigner de Paris et compromettrela sûreté de cette capitale, visiblement me-nacée par Blüchcr. Je me contentai de lafaire suivre par le maréchal Macdonald,auquel je laissai environ 35 mille hommes.Avec les 25 mille qui me restaient, je réso-lus de donner une nouvelle leçon de pru-dence au maréchal prussien, en manœu-vrant sur ses derrières. Le 27, je partis deTroyes , et, après avoir passé l’Aube à Arcis,j’arrivai à Herbisse. Le lendemain, je conti-nuai ma marche par Fère-Champenoise etSézanne jusqu’à Esternay .
Blücher , contenu de front par les maré-chaux Marmont et Mortier, et menacé surses derrières par mon armée dont la renom-mée exagérait la force, se trouva dans l’em-barras. Cependant, il crut encore pouvoirprofiter de la journée du i or mars pour cul-buter les maréchaux ; il ordonna à Sackende faire des démonstrations vers Lizy, tan-dis que les corps d’York et de Kaptzewiczpasseraient l’Ourcq à Crouy pour tournerla gauche des maréchaux ; mais le pont deCrouy ayant été rompu à temps, le tout seborna à une tentative de passage de viveforce à Gèvres, par les Russes , entreprisequi fut aisément repoussée par Marmont.
Le même jour, vers le soir, j’arrivai à laFerté-sous-Jouarre avec la tête de ma co-lonne. On travailla sur-le-champ à la recon-struction du pont sur la Marne . Dans lanuit, les maréchaux furent renforcés par6 mille hommes que mon frère leur envoyade Paris .
Je le force à repasser l’Aisne .
Blücher se vit alors dans la nécessité de
[1] Blücher eût pu perdre son arrière-garde en-tière, mais il avait des sapeurs, des pontonniers, et
songer à sa retraite : elle n’était plus facile;j’étais à portée d’intercepter les routes deChàlons et de Reims . Il ne lui restait delibre que celle de Soissons ; mais cette ville,abandonnée par Wintzingerode à la suite demes succès de Montmirail , avait été de nou-veau occupée par nos troupes et mise enmeilleur état de défense. Cependant il n’yavait pas à balancer. Dès le 2 mars, l’arméede Silésie se porta sur Soissons , où Blücher avait aussi marqué la direction des corps deBulow et de Wintzingerode , qu’il voulaitréunir à son armée. Marmont et Mortiersuivirent Blücher sur la route de Soissons ,et pressèrent vivement son arrière-garde ;moi-même, je manœuvrai sur sa gauchepour l’empêcher de se jeter sur Reims . Le3, je passai la Marne , et le 4, j’arrivai à Fis-mes.
J’avais l’espoir fondé de détruire l’arméede Silésie , qui, n’ayant aucun pont perma-nent sur l’Aisne , devait être accnlée à cetterivière et exposée aune ruine infaillible [1].Malheureusement, le général Moreau, quicommandait à Soissons , était un imbécile :cerné par les corps de Bulow et de Wint-zingerode, il ne sentit pas l’importance duposte qu’il tenait, et, croyant faire merveilled’obtenir la liberté de sa garnison, il con-sentit à capituler le 3, avant d’avoir épuisétous ses moyens de défense, et à l’instantoù une canonnade lointaine lui annonçaittout l’intérêt qu’il avait à tenir.
Blücher , heureux d’avoir échappé à unpéril imminent, passa l’Aisne dans la nuitdu 3 au 4, et vint s’établir sur la rive droitede cette rivière, entre Soissons et Craonne .Le 5, Mortier et Marmont attaquèrent Sois sons ; mais cette ville, défendue par une gar-nison de 8 mille Russes , résista avec succès.
aurait aisément pu jeter des pontssur l’Aisne , commeil le fit en effet, malgré la prise de Soissons . (Édit.)