CIIAP. XXI. CAMPAGNE DE 1814.
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Forts du nouveau traité qui resserrait deplus en plus leur alliance, les souverainsavaient maintenu leurs premières préten-tions, sans s’inquiéter de mes succès. Ils sa-vaient bien que la victoire même usait mesfaibles ressources, et que je succomberaistôt ou tard. Cependant je me refusai à croirequ’ils n’en rabattraient rien ; l’attitude qu’ilsavaient prise à la suite de mes derniers suc-cès , la demande d’un armistice qu’ils m’a-vaient refusé plusieurs fois auparavant,l’arrivée prochaine d’Augereau en Suisse ,toutes ces circonstances militaient en mafaveur. Je les voyais déjà, à la suite de lapremière victoire, battre en retraite sur leRhin , s’accusant les uns les autres d’être lacause des revers qui ne provenaient que dela mauvaise direction imprimée à leurs mas-ses par une politique tortueuse. D’aprèscela, comment aurais-je accepté ce que lesalliés nommaient improprement les limitesde 1792? Je n’aurais pas demandé mieux,s’ils eussent voulu me rendre la monarchiede Louis XVI ; car, j’ai déjà eu occasion dele dire, à aucune époque de ma toute-puis-sance, ma situation relative n’avait été aussiavantageuse que celle de la France à la finde la guerre d’Amérique . C’était abuser laFrance et l’Europe , de publier que je refu-sais le même territoire qui avait fait l’orgueilde Louis XVI et l’envie du monde civilisé.Tout était changé depuis 1792 ; et si ces con-ditions m’avaient paru intolérables en isos,lorsque l’Espagne et la Hollande étaient en-core dans notre alliance, sous quel aspectdevais-je les envisager quand ces contrées,tombées dans les bras de nos ennemis, aug-menteraient de toutes leurs forces et de leursressources la prépondérance effrayante del’Angleterre ? La France de 1792, moins l’al-liancc de famille avec l’Autriche, Naples etl’Espagne , moins l’alliance avec Tippo-Saeb,moins sa marine et ses colonies, n’était pas,
pour l’Angleterre de 1814, le quart de cequ’était la France de Louis XVI à l’Angle-terre de 1792. Il en était de même sur lecontinent, car la France avait perdu l’appuide tous ses anciens alliés : la Pologne , quijadis avait cherché ses rois dans la familledes nôtres, était partagée; elle pesait dansla balance en faveur de nos nouveaux en-nemis. Isolée au milieu de l’Europe et ré-trécie de tous côtés, la France n’aurait plusété en réalité que l’ombre de sa grandeurpassée. Il était évident pour les plus aveu-gles que, même avec ses limites du Rhin ,des Alpes et des Pyrénées , elle eût été non-seulement au-dessous de l’état relatif deCampo-Formio, mais encore de beaucoupau-dessous de sa grandeur relative après latriste guerre de sept ans.
Indigné que l’on m’offrît, après dix vic-toires, des conditions aussi dures, j’ordon-nai à Caulaincourt d’y répondre par un con-tre-projet empreint de l’exagération dont onme donnait l’exemple. Dès lors, il n’y eutplus le moindre espoir de nous entendre.Afin de trancher le nœud gordien, je medécidai de nouveau à attaquer Blücher .
Le 8 mars, le maréchal prussien rassem-bla toute son armée à Laon : elle était fortede près de 100 mille hommes. Il ne me res-tait plus qu’environ 55 mille combattants,même en y comprenant le corps de Mar-mont. Mais nous étions dans une situationà ne plus compter nos ennemis. Si je n’avaispas attaqué, les alliés eussent pris l’initia-tive ; il valait mieux profiter de la force mo-rale que la victoire de Craonne nous prêtaitmomentanément pour marcher à l’ennemi,que de perdre cette force en le laissant ve-nir sur nous. Je m’avançais vers Laon parla route deSoissons; Marmont s’y dirigeapar celle de Béry-au-Bac. Le 9 , j’attaquai la