CHAP. XXI. CAMPAGNE DE 1814 .
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grande armée des alliés avait de nouveaupris l’offensive.
Opérations de Schwartzenberg sur l’Aube .
Après l’évacuation de Troyes , le princede Schwartzenberg avait continué sa retraitejusqu’à Chaumont , où il établit son quartier-général et ses réserves. Cependant les au-tres corps de son armée demeurèrent en-core sur la rive droite de l’Aube , ayant de-vant eux les maréchaux Macdonald et Oudi-not, dont le premier occupa la Ferté-sur-Aube et le second Bar-sur-Aube . Les alliés,ayant appris alors que j’avais tourné mesefforts contre Blücher , après s’être bienconsultés, prirent l’initiative. Le 27 février,Wittgenstein et W rède attaquèrentOudinotet le délogèrent de Bar-sur-Aube , après uncombat opiniâtre qui coûta près de 3 millehommes à chacun des deux partis. Le len-demain, le prince de Wurtemberg et Giu-lay forcèrent Macdonald à abandonner laFerté.
Les jours suivants, les alliés s’avancèrentlentement sur Troyes , où Macdonald avaitconcentré son armée; mais comme cette ar-mée, affaiblie par des détachements, necomptait pas au delà de 2s mille hommes,Macdonald n’osa courir les hasards d’unebataille ; il évacua Troyes le 4 mars, et ré-trograda sur Nogent, où il repassa sur la rivedroite de la Seine .
Son avant-garde passe la Seine à Pont.
Le prince de Schwartzenberg, satisfaitd’étre rentré à Troyes , demeura pendant dixjours les bras croisés, attendant avec pa-tience des nouvelles de Blùcher . Ce ne futque le 14 mars au soir qu’il apprit que j’avaisété repoussé devant Laon . Cette bonne nou-i velie excita son ardeur, et le détermina à
reprendre l’offensive ; toutefois, il ne le fitencore qu’en biaisant, et se contenta de fairepasser la Seine à Pont aux corps de Wrèdeet de Wittgenstein. Lei 6 , ce dernier attaquala gauche de Macdonald, qui évacua Provins et alla s’établir près de Maison-Rouge, surla route de Provins à Nangis ; les alliés nepoussèrent pas plus loin. Au bruit de monretour, le prince de Schwartzenberg se livrade nouveau à ses perplexités habituelles; ilcraignit d’être pris en flanc ou à dos par mapoignée d’hommes; il résol ut de rétrogradersur Brienne pour couvrir ses communica-tions et le terrain entre l’Aube et la Marne .Dès le 17, les différents corps de la grandearmée alliée se mirent en retraite en remon-tant l’Aube et la Seine . Le même jour, jecommençai mes opérations dans la directionde Troyes .
Départ de l’impératrice pour Blois .
Cependant, Paris ne cessait d’être le pointde mire de l’ennemi, et je devais songer ausalut de ma femme et de mon fils, que je nepouvais laisser à sa merci. Joseph reçutl’ordre de les diriger avec le conseil desministres du côté de la Loire, sitôt que ledanger se montrerait pressant. Il eut étéplus sage sans doute, dès le mois de février,quand la capitale était déjà menacée, d’en-voyer la régence, le sénat et les autoritésadministratives à Nevers ou Clermont . Pro-bablement les choses eussent pris une autretournure, et l’occupation de Paris par lesRusses et les Prussiens n’aurait pas eu lamême importance, puisque aucun pouvoirconstitué ne s’y fût trouvé pour trahir léga-lement mes intérêts et ceux de la France ;mais je craignis, à cette époque, d’alarmerla capitale, et puis la garde nationale m’in-spirait peu de confiance : c’était du sénat,des hauts fonctionnaires que j’aurais dû medéfier.