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NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.
Forcé de laisser Marmont et Mortier surl’Aisne avec 20 mille hommes pour contenirl’armée de Blücher , il en résulta que, mal-gré différents renforts reçus à Reims , je nepus emmener avec moi que 18 mille hommes;mais je comptais être rejoint sur l’Aube parl’armée de Macdonald et par 6 mille hommes,que le général Lefebvre-Desnouettes devaitm’amener de Paris . D’ailleurs, j’avais déjàl’expérience de la terreur que mon nom seulportait au quartier-général de Schwartzen-berg.
Ma première marche fut de Reims à Éper-nay.Lei 8 ,jemerendisàFère-Champenoise,et le 19 à Plancy. Ma cavalerie légère passal’Aube, et poussa d’un côté jusqu’à Bessyet de l’autre jusqu’à Méry. Les alliés étaienten pleine retraite sur les directions deTroyeset de Lesmont. Si j’avais pu soupçonner qu’ilsse décideraient à me livrer bataille entre laSeine et l’Aube , je n’aurais point hasardé deme jeter au milieu de leur armée avec monfaible corps, et j’aurais attendu à PlancyLefebvre-Desnouettes et Macdonald ; maisrien n’indiquant de leur part une pareillerésolution, je me déterminai à les pousservivement avec ce que j’avais de troupes sousla main, pour ne pas leur donner le tempsde se reconnaître.
Bataille d’Arcis.
Le 20, je me dirigeai de Plancy sur Arcis;ma cavalerie remonta la rive gauche del’Aube , et l’infanterie suivit la rive droite.Nous trouvâmes Arcis évacué, et nous nousétablîmes en avant de cette ville sur les rou-tes de Troyes et de Lesmont. La cavalerieformait la droite, et la moitié de l’infanterie,qui avait déjà passé l’Aube , s’établit à la gau-che; le reste de cette arme était encore enmarche de Plancy sur Arcis. Je n’avais con-sidéré cette position que comme point dedépart pour continuer à poursuivre l’en-
nemi; nous fûmes obligés, au contraire, d’ysoutenir un combat défensif.
L’empereur Alexandre commençait à sefatiguer du rôle que la politique assignaitaux armées alliées ; il lui semblait honteuxque les plus formidables armées de l’Europe ,commandées par leurs souverains, reculas-sent sans cesse devant une poignée d’hom-mes. Il avait enfin déclaré dans un conseilqu’il fallait se réunir à Blücher et agir avecune seule masse sur Paris , pour y dicter lapaix qu’on n’avait pu m’imposer à Châtillon.Par suite des délibérations de ce conseil,l’armée alliée se concentra dans les environsd’Arcis : le corps de Wrède, le plus rap-proché de cette ville, reçut l’ordre de la ré-occuper.
A deux heures après midi, le général ba-varois commença son attaque : mon infan-terie maintint sa position et défendit avecsuccès le village de Grand-Torcy; mais macavalerie fut renversée par celle des alliés.Les fuyards se jetèrent sur les ponts d’Arcis;le moment était critique. Si l’ennemi avaitpu enlever ces ponts, ma gauche, privée deretraite, aurait été détruite. Sentant l’im-portance de ce moment, je fis tous mes ef-forts pour rallier 111a droite, et je n’y réussisqu’en mettant moi-même l’épée à la main;les ponts furent conservés, et le reste demon infanterie en profita pour passer aussià la gauche de l’Aube . Le combat se soutintjusqu’à minuit; nous éprouvâmes des pertessensibles, mais conservâmes notre position.
Il m’était permis de croire que le princede Schwarfzenberg n’avait engagé le com-bat que pour couvrir sa retraite. Calculantsur cette hypothèse, je me déterminai àpoursuivre l’ennemi avec mes troupes, con-sidérablement renforcées. Le 20 au soir,j’avais été joint par le corps de Lefebvre- Desnouettes , et le 21 au matin, je le fus par12 mille hommes de l’armce de Macdonald.