CHAP. XXI. CAMPAGNE DE 1814.
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Le reste des troupes de Macdonald n’avaitpas encore dépassé Plancy.
Suites graves de cette bataille indécise.
Cependant l’ennemi, loin de se retirer,avait réuni toute son armée, et se dispo-sait à livrer bataille. Mon avant-garde, quipoussa en avant, le découvrit rangé sur plu-sieurs lignes depuis Chaudrey-sur-rAubejusqu’au ruisseau de Barbuisse. La circon-stance était grave ; l’ennemi avait près de100 mille hommes, je n’en avais pas 35 mille.Accepter, malgré cette grande dispropor-tion de forces, la bataille dans une vasteplaine, avec une rivière fangeuse à dos, eûtété exposer mes dernières ressources à uneruine infaillible. Une impérieuse nécessitém’imposait la retraite : je m’y résignai.
Cette retraite, exécutée à la vue de l’en-nemi, aurait pu devenir désastreuse ; parbonheur, le prince de Schwartzenberg,préoccupé de l’idée que nous allions débou-cher sur lui, ne songea à nous poursuivrequ’à deux heures après midi. La plus grandepartie de mon armée avait déjà repassél’Aube . Il ne restait sur la rive gauche quele corps d’Oudinot, chargé de couvrir mamarche, en occupant la ville d’Arcis. Cettearrière-garde fut rudement abordée par lesalliés, qui pénétrèrent dans la ville et obli-gèrent Oudinot à repasser la rivière.
Chances de ma position.
Ma situation devenait éminemment péril-leuse. Le jour même de la bataille d’Arcis,le congrès de Châtillon s’était dissous. Lessouverains, résolus dès lors de renversermon trône, allaient laisser un libre cours audéploiement de la force militaire; et monbeau-père, las de jouer un rôle qu’il avaitadopté, moins par attachement pour moique dans l’intérêt de sa fille, se promit biende n’y plus apporter d’obstacles. Le comte
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d’Artois était à Vesoul , le duc d’Angoulême à Bordeaux , la Vendée se remuait. Resserréentre les deux masses ennemies établies surl’Aisne et sur l’Aube , et dont la plus faibleétait incomparablement plus forte que la to-talité des forces dont je pouvais disposersur cette partie du théâtre de la guerre, il m’é-tait désormais impossible de rien entrepren-dre de sérieux contre aucune d’elles. J’avaisencore une petite armée en Italie et de for-tes garnisons dans le Nord. J’avais enfin, etbeaucoup trop tard, renvoyé Ferdinand enEspagne , et prescrit à Suchet dé lui remet-tre les places que nous occupions encoresur l’Ebre ; mais je n’avais plus le temps nila possibilité de faire accourir les arméesd’Espagne à mon secours, car elles se trou-vaient fortemeut engagées contre Welling-ton, qui, dès le milieu de février, avait re-pris l’offensive et envahi la Gascogne.
Succès des alliés dans le Midi .
Instruit du départ des deux divisions deSoult, fort de l’arrivée du duc d’Angouléme ,qui lui faisait espérer un grand point d’ap-pui dans les provinces du Midi , Wellingtonn’attendit que des chemins praticables pourpasser l’Adour et les Gaves; Soult, quin’avait que 40 mille hommes, moitié con-scrits, à opposer à 75 mille combattants,débordé par sa gauche, prit le parti de laretraite. Il résolut sagement de ne pas ladiriger sur l’intérieur de la France , maisparallèlement à la frontière des Pyrénées ;il gagna Orthès, où il se décida à livrerbataille. Cette action, qui ne valut aux An glais d’autres trophées qu’un champ de ba-taille, obligea néanmoins Soult à continuerson mouvement vers Toulouse .
Wellington, sollicité parle parti royalisteà détacher un corps sur Bordeaux , y avaitenvoyé Béresford. Cette ville, jadis si célè-bre par son patriotisme, reçut les Anglais
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