Band 
Tome second.
Seite
393
JPEG-Download
 

CHAP. XXI. CAMPAGNE DE 1814.

393

Le reste des troupes de Macdonald navaitpas encore dépassé Plancy.

Suites graves de cette bataille indécise.

Cependant lennemi, loin de se retirer,avait réuni toute son armée, et se dispo-sait à livrer bataille. Mon avant-garde, quipoussa en avant, le découvrit rangé sur plu-sieurs lignes depuis Chaudrey-sur-rAubejusquau ruisseau de Barbuisse. La circon-stance était grave ; lennemi avait près de100 mille hommes, je nen avais pas 35 mille.Accepter, malgré cette grande dispropor-tion de forces, la bataille dans une vasteplaine, avec une rivière fangeuse à dos, eûtété exposer mes dernières ressources à uneruine infaillible. Une impérieuse nécessitémimposait la retraite : je my résignai.

Cette retraite, exécutée à la vue de len-nemi, aurait pu devenir désastreuse ; parbonheur, le prince de Schwartzenberg,préoccupé de lidée que nous allions débou-cher sur lui, ne songea à nous poursuivrequà deux heures après midi. La plus grandepartie de mon armée avait déjà repassélAube . Il ne restait sur la rive gauche quele corps dOudinot, chargé de couvrir mamarche, en occupant la ville dArcis. Cettearrière-garde fut rudement abordée par lesalliés, qui pénétrèrent dans la ville et obli-gèrent Oudinot à repasser la rivière.

Chances de ma position.

Ma situation devenait éminemment péril-leuse. Le jour même de la bataille dArcis,le congrès de Châtillon sétait dissous. Lessouverains, résolus dès lors de renversermon trône, allaient laisser un libre cours audéploiement de la force militaire; et monbeau-père, las de jouer un rôle quil avaitadopté, moins par attachement pour moique dans lintérêt de sa fille, se promit biende ny plus apporter dobstacles. Le comte

ii

dArtois était à Vesoul , le duc dAngoulême à Bordeaux , la Vendée se remuait. Resserréentre les deux masses ennemies établies surlAisne et sur lAube , et dont la plus faibleétait incomparablement plus forte que la to-talité des forces dont je pouvais disposersur cette partie du théâtre de la guerre, il mé-tait désormais impossible de rien entrepren-dre de sérieux contre aucune delles. Javaisencore une petite armée en Italie et de for-tes garnisons dans le Nord. Javais enfin, etbeaucoup trop tard, renvoyé Ferdinand enEspagne , et prescrit à Suchet lui remet-tre les places que nous occupions encoresur lEbre ; mais je navais plus le temps nila possibilité de faire accourir les arméesdEspagne à mon secours, car elles se trou-vaient fortemeut engagées contre Welling-ton, qui, dès le milieu de février, avait re-pris loffensive et envahi la Gascogne.

Succès des alliés dans le Midi .

Instruit du départ des deux divisions deSoult, fort de larrivée du duc dAngouléme ,qui lui faisait espérer un grand point dap-pui dans les provinces du Midi , Wellingtonnattendit que des chemins praticables pourpasser lAdour et les Gaves; Soult, quinavait que 40 mille hommes, moitié con-scrits, à opposer à 75 mille combattants,débordé par sa gauche, prit le parti de laretraite. Il résolut sagement de ne pas ladiriger sur lintérieur de la France , maisparallèlement à la frontière des Pyrénées ;il gagna Orthès, il se décida à livrerbataille. Cette action, qui ne valut aux An­ glais dautres trophées quun champ de ba-taille, obligea néanmoins Soult à continuerson mouvement vers Toulouse .

Wellington, sollicité parle parti royalisteà détacher un corps sur Bordeaux , y avaitenvoyé Béresford. Cette ville, jadis si célè-bre par son patriotisme, reçut les Anglais

50