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NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.
comme les Romains recevaient leurs légionstriomphantes, et la France eut la douleurde voir ses citoyens donner les premiers cegrand scandale à l’Europe .
On voit, d’après cette esquisse de ma si-tuation, que j’étais réduit à avoir recoursaux moyens les plus désespérés, et à ne pasécarter les mesures extrêmes, pour peuqu’elles offrissent la moindre chance desalut. Le sort de la France dépendait demoi seul ; il n’y avait d’important que lepoint où j’étais. Puisque dix victoires, enChampagne ", n’avaient pu fléchir la hainede l’ennemi, il fallait porter le théâtre desopérations sur un point où mes succès pou-vaient obtenir de plus grands résultats.Pour faire la paix, il fallait donc sauverl’empire et replanter nos aigles sur lesbords du Rhin .
Projet pour me jeter sur les derrières des alliés.
Ce but ne pouvait plus être atteint par lescombats; nous étions trop faibles pour cela.Il ne me restait d’autre ressource que demanœuvrer sur les communications de l’en-nemi , au risque de perdre les miennes.Je ne me dissimulais pas que la chance étaithasardeuse, mais c’était Tunique qui melaissât entrevoir quelque espérance de salut.
Je résolus de la courir, en me jetant enmasse par St-Dizier, vers la haute Meuse ;j’y devais gagner de puissants renforts tirésdes garnisons de la Lorraine et de l’Alsace;j’y aurais encouragé l’insurrection des dé-partements foulés par l’ennemi, et de làj’aurais menacé enfin la ligne d’opérationsde la grande armée, qui, partant de Bâle ,se serait trouvée fortement compromise.Contraignant ainsi l’ennemi à revenir surses pas, j’aurais eu de plus l’avantage del’attirer sur un terrain où les places favori-seraient singulièrement mes opérations stra-tégiques. Un demi-succès pouvait perdre les
armées ennemies ; et moi au contraire, encas d’échec, j’aurais eu le temps de me re-faire sous la protection de nos forteresses.A la vérité, je laissais Paris à découvert;mais que signifie la capitale sous un princemilitaire? n’est-elle pas au quartier-général?Maintenant que cette opération n’a pas étéjustifiée par le succès, Ton ne manquerapas de la présenter comme un coup de tête.Le peuple des salons, tout aussi simple quele vulgaire, ne juge jamais que d’après l’é-vénement. Les mêmes gens qui déclamentcontre moi, parce que je n’ai pas réussi,n’auraient pas manqué d’élever jusqu’auxnues mes combinaisons, si Schwartzenbergavait rétrogradé sur Bâle , comme il était àparier qu’il l’aurait fait. Cependant, en yréfléchissant, que pouvais-je entreprendrede mieux? je n’avais pas l’option entre plu-sieurs partis; il fallait tenter l’opération qui,j’en conviens, a accéléré ma perte avantd’être consommée, ou me résigner à voirarriver ma ruine d’une manière plus lente,mais encore plus infaillible, en demeurantentre la Seine et la Marne , pour y être acca-blé par l’immense supériorité de l’ennemi.Quel homme impartial osera me blâmer d’a-voir pris le premier parti? Si je l’avais com-biné aussitôt après la victoire de Montreau,en m’y prenant à temps pour rappeler Su-chet à Lyon , qui contestera les résultatsqu’il eût obtenus ?
Dans la soirée du 21 mars, je poussaiavec ma garde jusqu’à Sommepuis; le restede mon armée s’échelonna de ce bourg àl’Aube. Le 22, je passai la Marne au gué deFrignicourt, et me portai à Farémont. Mac-donald vint à Dosnon. Les alliés avaientjeté une garnison dans Vitry : je la fis som-mer; elle résista. Je n’étais pas dans l’in-tention de m’amuser à un siège : je passaioutre, et m’avançai le 25 à St-Dizier ; Mac-donald franchit la Marne à Frignicourt, et