Band 
Tome second.
Seite
394
JPEG-Download
 

594

NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.

comme les Romains recevaient leurs légionstriomphantes, et la France eut la douleurde voir ses citoyens donner les premiers cegrand scandale à lEurope .

On voit, daprès cette esquisse de ma si-tuation, que jétais réduit à avoir recoursaux moyens les plus désespérés, et à ne pasécarter les mesures extrêmes, pour peuquelles offrissent la moindre chance desalut. Le sort de la France dépendait demoi seul ; il ny avait dimportant que lepoint jétais. Puisque dix victoires, enChampagne ", navaient pu fléchir la hainede lennemi, il fallait porter le théâtre desopérations sur un point mes succès pou-vaient obtenir de plus grands résultats.Pour faire la paix, il fallait donc sauverlempire et replanter nos aigles sur lesbords du Rhin .

Projet pour me jeter sur les derrières des alliés.

Ce but ne pouvait plus être atteint par lescombats; nous étions trop faibles pour cela.Il ne me restait dautre ressource que demanœuvrer sur les communications de len-nemi , au risque de perdre les miennes.Je ne me dissimulais pas que la chance étaithasardeuse, mais cétait Tunique qui melaissât entrevoir quelque espérance de salut.

Je résolus de la courir, en me jetant enmasse par St-Dizier, vers la haute Meuse ;jy devais gagner de puissants renforts tirésdes garnisons de la Lorraine et de lAlsace;jy aurais encouragé linsurrection des dé-partements foulés par lennemi, et dejaurais menacé enfin la ligne dopérationsde la grande armée, qui, partant de Bâle ,se serait trouvée fortement compromise.Contraignant ainsi lennemi à revenir surses pas, jaurais eu de plus lavantage delattirer sur un terrain les places favori-seraient singulièrement mes opérations stra-tégiques. Un demi-succès pouvait perdre les

armées ennemies ; et moi au contraire, encas déchec, jaurais eu le temps de me re-faire sous la protection de nos forteresses.A la vérité, je laissais Paris à découvert;mais que signifie la capitale sous un princemilitaire? nest-elle pas au quartier-général?Maintenant que cette opération na pas étéjustifiée par le succès, Ton ne manquerapas de la présenter comme un coup de tête.Le peuple des salons, tout aussi simple quele vulgaire, ne juge jamais que daprès lé-vénement. Les mêmes gens qui déclamentcontre moi, parce que je nai pas réussi,nauraient pas manqué délever jusquauxnues mes combinaisons, si Schwartzenbergavait rétrogradé sur Bâle , comme il était àparier quil laurait fait. Cependant, en yréfléchissant, que pouvais-je entreprendrede mieux? je navais pas loption entre plu-sieurs partis; il fallait tenter lopération qui,jen conviens, a accéléré ma perte avantdêtre consommée, ou me résigner à voirarriver ma ruine dune manière plus lente,mais encore plus infaillible, en demeurantentre la Seine et la Marne , pour y être acca-blé par limmense supériorité de lennemi.Quel homme impartial osera me blâmer da-voir pris le premier parti? Si je lavais com-biné aussitôt après la victoire de Montreau,en my prenant à temps pour rappeler Su-chet à Lyon , qui contestera les résultatsquil eût obtenus ?

Dans la soirée du 21 mars, je poussaiavec ma garde jusquà Sommepuis; le restede mon armée séchelonna de ce bourg àlAube. Le 22, je passai la Marne au gué deFrignicourt, et me portai à Farémont. Mac-donald vint à Dosnon. Les alliés avaientjeté une garnison dans Vitry : je la fis som-mer; elle résista. Je nétais pas dans lin-tention de mamuser à un siège : je passaioutre, et mavançai le 25 à St-Dizier ; Mac-donald franchit la Marne à Frignicourt, et