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NAPOLÉON AU TRIBUNAL UE CÉSAR , ETC.
combat, quelle qu’en fût l’issue, eût ajoutédu moins à l’éclat de ma chute. D’ailleurs ,qui sait où pouvait conduire un pas rétro-grade des alliés? Si nous neréussissionspas àchasser l'ennemi de Paris , il était aisé denous replier derrière la Loire, de rallier àmoi Soult, Suchet et Augereau, de formerdu tout une masse de 120 à 130 mille hom-mes, de la jeter sur la ceinture de places quicouvrent nos frontières, et de combattrecomme les Romains qui faisaient encore laguerre en Espagne quand Annibal menaçaitle cœur de la république. Les maréchaux,las de la guerre, en jugèrent autrement; ilsme demandaient quelles étaient mes espé-rances, mes ressources et le terme de leurssacrifices. On me parla d’abdication poursauver les débris de la France ; je lui devaisle sacrifice de mon amour-propre, je me ré-signai. Je ne me faisais pas illusion sur lesrésultats de cette abdication; mais cette for-mule pouvait servir un jour à mon fils, jen’hésitai pas à la signer.
Un parti nombreux aurait souhaité quecet enfant montât sur le trône pour conser-ver la révolution avec ma dynastie; j’en con-çus un moment l’espérance, et je chargeaiCaulaincourt et Ney de se rendre près del’empereur Alexandre pour traiter sur cettebase. Ce prince était ébranlé; il avait eu letemps de s’apercevoir que les acclamationsinsensées d’un peuple de femmes et de quel-ques milliers de mécontents de toute cou-leur, n’étaient que des signes équivoques del’esprit national. Plusieurs partis l’obsédaientde leurs craintes et de leurs espérances. Iljugeait que, si l’armée recevait des renfortsde gardes nationales et se prononçait forte-ment en ma faveur, la position des alliésdans Paris serait précaire. Il hésitait doncsur le parti à prendre, lorsqu’on vint lui an-noncer que Marmont et son corps d’arméem’avaient abandonné. Cet incident fixa ses
irrésolutions, il crut qu’aux yeux de l’arméemême ma cause était sans ressource. Il nelui rendit pas justice. Les braves qui la composaient m’étaient attachés à la vie, à lamort. Le cœur leur disait qu’après ma chuteil n’y aurait ni gloire, ni prospérité, ni inté-grité de territoire pour la France . J’étaispour eux l’ange tutélaire de la patrie. Ilsne l’avaient jamais vue si belle, si florissanteque sous mon empire. Si, à d’autres épo-ques, je l’avais déjà délivrée des fureurs del’anarchie, de la présence odieuse de l’étran-ger, comment ne serais-je pas sorti victo-rieux de cette nouvelle lutte? L’espoir desauver la France enflammait leur noble cou-rage. Us comptaient pour rien des fatigues,des dangers que je partageais avec eux, etdont le prix devait être une gloire immor-telle. Cependant les intrigants, les royalis-tes, compromis par l’éclat de leurs premiè-res démarches auprès des vainqueurs, s’ef-forcèrent de présenter l’acte déshonorant dedeux généraux ingrats comme l’opinion del’armée ; mais loin que les troupes eussentpartagé leur défection, il fallut employer laruse pour les amener à Versailles , où elless’insurgèrent contre eux.
Mais ce que la protestation énergique ducorps de Marmont jetait d’un côté dans labalance en faveur de ma dynastie, le sénatle détruisit par la constitution qui rappela autrône le frère de Louis xvi . Dès-lors tout futperdu pour mon fils comme pour moi. N’esti-mant point assez la couronne pour allumerla guerre civile à la suite d’une guerre étran-gère, je signai une abdication sans réserve.
On a prétendu que les alliés n’avaient paseu le choix, et qu’ils auraient été fort em-barrassés de repousser le lieutenant duroyaume arrivé à Nancy , en foulant auxpieds les principes pour lesquels ils avaientcombattu depuis vingt ans. De tels argu-ments sont pitoyables; si la Russie , l’Au-