CHAP. XXII. CAMPAGNE DE 1815.
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réunie. Il me fallait une grande armée, et,pour l’obtenir, il importait de conserverprécieusement le noyau qui en existait, pourgrossir ses rangs au moyen de ce mêmepeuple qu’il s’agissait de lever et d’organi-ser. Rien n’était prêt pour cela, et l’attitudepacifique qu’on me reproche consista à tra-vailler seize heures par jour, durant troismois, pour la créer. Je portai les cadresdes régiments de ligne de 2 à 5 bataillons;je renforçai ceux de cavalerie de 2 esca-drons. Je fis organiser 200 bataillons degardes nationales, 40 bataillons de jeunesgardes, 20 régiments de marine. Les ancienssoldats licenciés furent tous rappelés sousles drapeanx. Les conscriptions de 1814 etde 1815 furent levées ; même les soldats etofficiers en retraite furent engagés à ren-trer en ligne. Au 1 er juin, c’est-à-dire endeux mois, l’effectif de l’armée françaiseavait été porté de 200 mille à 414 mille ; ilaurait été au mois de septembre de 700 mille;mais il fallait le temps .
Préparatifs des alliés.
Le problème de l’indépendance françaisetenait donc à la possibilité d’éloigner leshostilités jusqu’à la fin de septembre. Maisloin de nous laisser ce temps, les alliés, in-struits par nos exemples, accouraient enposte vers le Rhin et la Meuse . Les Anglais et les Prussiens mirent unie activité inouïejusque-là dans leurs annales, et les Russes parvinrent en deux mois de la Pologne surles bords du Rhin .
Les alliés, qui se disputaient la Saxe etCracovie , étaient restés en armes et au corn,plet de guerre: ils avaient mèche allumée,et il ne fallut que quatre ordres de marchepour mettre l’Europe en mouvement. Nousétions loin de cette attitude, on avait toutlaissé à l’abandon; la France manquait desoldats et d’armes.
On a voulu établir un parallèle entre sesefforts en 1793 et les miens ; j’ai fait autantque le comité de salut public, sans recourirà l’armée révolutionnaire et aux douze guil-lotines qui la suivaient. Mais les coalisés de1815 ont agi bien autrement que ceux de lapremière invasion; ils n’ont pas passé troismois à assiéger Valenciennes, comme Macket Cobourg ; les temps étaient bien changés.
La mer était couverte de convois anglais ,amenant des troupes, des munitions, deséquipages de siège. Les richesses de l’Indos-tan, secondées par les progrès de l’indus-trie, avaient transformé l’Angleterre en unimmense arsenal, qui forgeait avec une re-doutable activité l’artillerie, les munitions,les trains nécessaires aux armées delà coa-lition. Rien dans les anciens tems ne res-semble à cela.
Dès la fin de mai, Wellington et Blücher rassemblaient 220,000 Anglais , Prussiens ,Belges, Hanovriens et Brunswickois, entreLiège et Courlray. Les Bavarois, les Wur-tembergeois et les Badois, se réunissaientdans la forêt Noire et le Palatinat ; les Au-trichiens hâtaient le pas pour les joindre ;les Russes forçaient de marche, et traver-saient déjà la Franconie et la Saxe. Un mil-lion d’hommes enfin s’apprêtaient à fondresur moi; on eût dit que la coalition avaitle secret de Cadmus pour faire sortir des
soldats des entrailles de la terre.
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Je fais fortifier Paris et Lyon .
Quelque activité que l’on mît à réorgani-ser l’armée et la défense des frontières, jedevais craindre que les armées de l’Europe ne fussent beaucoup plus nombreuses queles nôtres, si les hostilités commençaientavant la fin d’août; c’eût été alors sous Pa ris et sous Lyon que se seraient décidés lesdestins de l’empire.
Plus d’une fois j’avais eu l’idée de fortifier