CHAP. XXII. CAMPAGNE DE 1815.
415
d’être maître chez soi avant de vouloir l’êtrechez les autres. Une raison plus forte en-core me détourna de cette invasion. Commentallier une telle démarche avec la lettre danslaquelle j’offrais aux souverains une paix sin-cère et durable? Si je ne comptais pas surla bienveillance de tous, j’avais quelquesmotifs de croire à celle de mon beau-père.L’empereur d’Autriche avait cherché en isi 4à empêcher mon détrônement : au momentde mon retour, la discussion s’échauffaitavec la Russie et la Prusse au sujet du par-tage de la Gallicie et du sort de la Saxe.J’avais lieu d’espérer qu’il consentirait en1815 à ce qu’il avait proposé lui-même en1814, me maintenir sur le trône, en gardantl’Italie . Je lui en fis la proposition, et, mal-gré la fameuse déclaration du 13 mars, j’es-pérais le voir revenir à ses premiers senti-ments : j’attribuais cette déclaration à lacraintequemon retour avait réveillée,etdési-rais négocier; or, le moyen de réussir et d’in-spirer de la confiance n’était pas d’envahir.
Si j’avais prévu l’issue de mes démarchespacifiques, je serais peu t-êtrealléà Bruxelles,à Luxembourg , à Jnliers. Mais Mayencen’était plus à nous ; et cette place, ainsi quela Hollande, donnant aux ennemis plusieursdébouchés sur la gauche du Rhin , il n’estpas dit que cette invasion nous eût été fortutile : on eût commencé à combattre surla Moselle , au lieu de le faire sur laSambre.Dans la supposition que nous fussions par-venus à soumettre Anvers et Luxembourg ,il eût fallu y jeter de fortes garnisons, etnous n’étions pas déjà trop forts. Si, aucontraire, ces places importantes demeu-raient au pouvoir de l’ennemi, à quoi nouseût servi Bruxelles, entourée de Maëstricht ,de Luxembourg , de Berg-op-Zoom , d’An vers ?
Acte additionne). Champ de mai.
Dès que l’ennemi trouvait le secret d’a-
mener 500 mille hommes sur le Rhin endeux mois, mon système de défense ne va-lait plus rien, parce que les moyens de ré-sistance étaient trop au-dessous du danger.U fallait recommander une révolution, pourme donner toutes les ressources qu’ellecrée; il fallait remuer toutes les passions,pour profiter de leur aveuglement : sanscela, je ne pouvais plus sauver la France .J’en aurais été quitte pour régulariser cetteseconde révolution, comme je l’avais fait dela première; mais je n’ai jamais aimé lesorages populaires, parce qu’il n’y a pointde frein pour les mener. J’ai voulu fairecependant une partie de cette révolution;j’offris à la nation de la liberté, parce qu’elles’était plainte d’en avoir manqué sous monpremier règne ; je lui donnai un acte addi-tionnel aux constitutions de l’empire, etj’imaginai la solennité d’une assemblée auchamp de mai. Cette liberté factice produi-sit son effet ordinaire; elle mit les parolesà la place des actions, et amena plus tardla division dans l’état. Il eût peut-êtremieux valu me saisir simplement de la dic-tature sans reprendre la couronne impé-riale, et en ajournant les discussions inté-rieures jusqu’après la paix : j’aurais toutaussi bien sauvé la France avec le titre dedictateur de l’empire français. Mes conces-sions, loin de satisfaire personne, armèrentles factions et leur donnèrent plus d’im-portance.
Je me décide à tomlier sur les Anglo-Prussiens.
A la fin de mai, j’avais iso mille hommesdisponibles pour tenir la campagne ; au mi-lieu de juillet, j’en aurais eu 300 mille;toutes mes places auraient eu pour garni-sons des gardes nationales, des dépôts dela ligne et de quelques bons régiments.Mes efforts pour entamer des négociationsayant été vains, j’eus alors à opter entre