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NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.
deux partis : le premier, d’aller en juin au-devant des Anglo-Prussiens à Bruxelles et à Namur ; le second, d’attendre les alliéssous Paris et Lyon . Le dernier avait l’in-convénient de livrer la moitié de la France aux ravages de l’ennemi ; mais il offraitl’avantage de gagner jusqu’au mois d’aoûtpour compléter les levées et terminer lespréparatifs, puis de combattre, avec tousnos moyens réunis, les armées alliées affai-blies par beaucoup de corps d’observation.
En transportant le théâtre des hostilitésen Belgique, on sauvait la France de l’inva-sion; mais, en cas de revers, on attirait l’en-nemi dès le commencement de juillet, c’est-à-dire, six semaines plus tôt qu’il ne seraitvenu de lui-même; l’armée d’élite, ébranléepar un revers, n’eût plus été à même de sou-tenir une lutte trop inégale, et les levées nese fussent pas achevées.
Ce parti nous offrait par compensationl’espoir de prendre l’ennemi au dépourvu :il était plus conforme à l’esprit de la nation,qui ne comprend pas les Fabius. On peutfaire le Fabius comme l’empereur de Russie ,quand on a un empire sans fin ; ou commeWellington, quand on le fait sur le terri-toire des autres, et outre mer. Mais, enFrance et dans la position où je me trouvais,l’idée de laisser venir toute l’Europe arméejusqu’au pied de Montmartre eût consternéles plus déterminés. Je résolus donc de pren-dre l’initiative. Ce n’était plus pour occuperBruxelles , mais pour détruire successive-ment les masses ennemies. La défaite deWellington et de Blücher devait avoir d’im-portantes conséquences. Ce grand coup,frappé à propos au début de la campagne,pouvait encore dissoudre la coalition.
Cependant il était impossible de dégarnirentièrement les autres points de la frontière.Je fus obligé de laisser de petits corps àBordeaux, à Toulouse, sur le Var, à Cham-
béry, à Béfort et à Strasbourg . Ces corps,trop faibles pour résister de front à l’ennemi,devaient servir du moins à lui imposer et àentraver sa marche. De plus, c’étaient despoints d’appui précieux pour la levée desgardes nationales, et pour l’insurrection descampagnes, que nous devions chercher à or-ganiser. Pour comble de malheur, la Ven-dée , agitée par les royalistes, avait repris lesarmes. La guerre civile est un cancer politi-que qu’il faut extirper dans son germe, souspeine de compromettre le salut de l’état. Jefus donc obligé d’y envoyer plus de 15 millehommes d’excellentes troupes, sous les or-dres du général Lamarque.
Tous ces détachements réduisirent à 125mille combattants la force de l’armée prin-cipale que je réunis entre la Meuse et laSambre, de Philippeville à Maubeuge . Quoi-que l’ennemi eût près de 200 mille hommesen Belgique , je n’hésitai pas; il n’y avait pasde temps à perdre, si je voulais éviter d’avoirsur les bras toutes les armées ennemies à lafois. Le 12 juin, je partis de Paris , et leu,je portai mon quartier-général à Beaumont.Mon armée occupait la position suivante :la droite, de 16 mille hommes, à Philippeville ;le centre, d’environ 60 mille, à Beaumont; etla gauche, de 40 mille, à SoIre-sur-Sambre.Les ennemis étaient si mal informés de nosmouvements, que leurs armées ne se trou-vaient pas encore rassemblées. Blücher avaitun de ses corps à Charleroy , un autre àNamur, le troisième à Dînant , enfin le qua-tièmeà Liège . L’armée de Wellington n’avaitpas encore bougé des cantonnements qu’elleoccupait depuis l’Escaut jusqu’à Nivelle.
Passage de la Samlire.
Pour profiter de cette dissémination desennemis, il fallait brusquer l’ouverture dela campagne. Le 15, nous passâmes la fron-tière, nous dirigeant sur Charleroy . Le corps