CHAP. XXII. CAMPAGNE DE 1815 .
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prussien deZiethen, qui occupait cette ville,l’évacua à notre approche et se replia surEleurus. Nous traversâmes la Sambre àMarchiennes , à Charleroy et au Châtelet. Jevis la possibilité de séparer les deux arméesennemies. Ney reçut ordre de pousser avec42 mille hommes par la chaussée de Bruxelles jusqu’à Quatre-Bras, point important situéà l’intersection des routes de Bruxelles, deNivelle, de Charleroy et de Namur . Danscette position, il devait contenir les Anglais et les empêcher de porter du secours auxPrussiens, que je me proposais de pousservivement avec les 72 mille hommes qui merestaient. Malheureusement mes ordres fu-rent mal compris ou mal exécutés. Ney s’ar-rêta à Gosselies, soit qu’il s’inquiétât sansraison de la position des Prussiens sur sonflanc droit, soit par des motifs qui ne sontpas venus à ma connaissance. Le mauvaisétat des chemins, les marches rapides, et larevue que je passai d’une partie de mon ar-mée, firent perdre, il est vrai, quelques mo-ments précieux; cependant il eût été possi-ble d’arriveraux Quatre-Bras le mêmejour,ou du moins le lendemain avant huit heuresdu matin.
Bataille de I.igny.
Le 16 juin, je me portai sur Fleuras; nousdécouvrîmes l’armée prussienne rangée enbataille entre Saint-Amand et Sombref, fai-sant face à la Sambre. Elle était composéede trois corps qui avaient cantonné à Char leroy , à Namur et à Dînant , et présentaitun total de 80 à 90 mille hommes. Sa positionm’étonna, parce qu’elle indiquait que Blü-cher abandonnait sa ligne d’opérations. Jesentis que ce général, avec son audace ac-coutumée, cherchait à nous imposer pourgagner le temps nécessaire au reste de sonarmée de le rejoindre, et à l’armée de Wel-lington de se rassembler. Je n’eus garde de
prendre le change, et je résolus de l’attaquer.Sa position était détestable ; il nous prêtaitson flanc droit que Ney devait avoir dé-passé. Je Usines disposilionsen conséquence.Mon armée se rangea en face de celle desPrussiens, pour les occuper de front. Jedépêchai en même temps un officier de con-fiance à Ney, pour lui ordonner de laisserun détachement en observation aux Quatre-Bras, que je présumais qu’il aurait fait oc-cuper, et de se rabattre en toute hâte surBry pour venir tomber sur les derrières desPrussiens : le corps d’Erlon, qui marchaiten queue de sa colonne, eut l’ordre de sediriger à l’instant de Yillers-Péruin sur Bry,sans attendre les instructions de Ney, ce quiavançait l’opération au moins d’une heure.
J’attendais avec sécurité l’effet de ces me-sures, qui devaient assurer la destruction del’armée de Blücher , et dont l’exécution étaitd’autant plus facile, qu’il n’y a guère plusde deux lieues et demie de Quatre-Bras àSombref. Les premiers coups de canon quenous entendrions sur les derrières de l’en-nemi devaient être aussi le signal du combatpour nous. Cependant le temps s’écoulait,et nous n’entendions rien. Il était quatreheures après midi; je vis qu’il n’y avait plusà hésiter ; les moments étaient chers : enlaissant échapper cette journée, nous ris-quions de ne plus retrouver l’occasion debattre l’armée prussienne isolée. D’ailleursil importait de fixer l’attention de l’ennemi,pour qu’il s’aperçût moins de la marche deNey. J’ordonnai l’attaque ; je fis d’abord degrandes démonstrations par ma gauche versSaint-Amand, pour attirer Blücher de cecôté, c’est-à-dire sur le point opposé à saligne de retraite ; mais je disposai tout pourenfoncer son centre aussitôt qu’il l’auraitdégarni. Les Prussiens se battirent bien :à six heures il n’y avait encore rien de dé-cidé; j’allais engager mes réserves, lors-