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NAPOLEON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.
qu’on vint m’avertir qu’une forte eolonne semontrait dans les environs d’Heppignies,débouchant sur Fleurus , ce qui semblaitmenacer notre gauche. Quoiqu’il me fûtdifficile de comprendre comment un corpsennemi pouvait s’être glissé entre mon ar-mée et celle de Ney, j’arrêtai mes réservespour me mettre en état de les opposer àcette colonne ; mais je ne tardai pas à ap-prendre que mes généraux avaient pris pourdes troupes ennemies le corps d’Erlon qui,par erreur, avait suivi la direction de Saint-Amand au lieu d’aller à Bry. Alors je fisdonner le coup de collier. Nous emportâmesle village de Ligny qui couvrait le centre desPrussiens ; ce centre fut enfoncé à la nuittombante: l’ennemi battit en retraite. Maisle retard que cette attaque avait éprouvé àcause de l’accident dont je viens de parler,nous empêcha de profiter de notre victoire,comme nous l’eussions pu, si elle avait étédécidée une heure plus tôt et si Bry avaitété occupé ; car ce fut par ce village quetoute l’armée de Bliicher défila. L’obscuritéqui survint, favorisa la retraite des Prus-siens. Us perdirent cependant 40 pièces decanon et environ 20 mille hommes hors decombat; nous n’en eûmes pas la moitié horsde ligne.
Mais le plus important de cette victoire,c’est que, remportée à l'entrée de la nuit,elle mit le désordre dans l’armée prussienne:ses généraux mêmes avouent, que, de 70mille hommes, ils purent à peine en réunir30 mille. Sijelesavais poussés durant la nuit,comme ils le firent le 18 au soir, c’en étaitfait de leur armée. Je leur ai donné biendes leçons; mais ils m’ont appris aussi qu’unepoursuite de nuit, toute dangereuse qu’elle
[1] C’est cette circonstance qui a fourni à Neyl’idée de se plaindre de ce que je l’avais exposé enlui promettant des corps que j’avais engagés ail-
paraisse pour le vainqueur, a aussi ses avan-tages.
Affaire de Ney aux Quatre-Rras.
J’attendais avec impatience des nouvellesde Ney; j’espérais que du moins, ce jour-là,il se serait enfin établi à Quatre-Bras. Il enarriva autrement. Pendant toute la matinée,la position de Quatre-Bras n’avait été occu-pée que par un corps de 10 mille Hollan-dais ; Ney aurait donc pu les déloger sansdifficulté ; mais au lieu de se mettre enmarche à la pointe du jour, il ne partit deGosselies qu’à midi. Wellington avait dési-gné le point de Quatre-Bras pour rendez-vous général à son armée ; tous ses corpsdevaient donc y arriver successivement; ilen résulta que, lorsque vers trois heuresnotre gauche déboucha sur Quatre-Bras, ily avait déjà près de 30 mille hommes. Ney,qui n’avait point encore reçu l’ordre de serabattre sur Bry contre Bliicher, et qui, aucontraire, se croyait suivi par le corps d’Er-lon, n’hésita pas à les attaquer avec celui deReille. Il en serait sans doute venu à bout,s’il avait eu avec lui toutes ses forces ; maismalheureusement les 20 mille hommes d’Er-lon ne donnèrent ni à Bry où je les avaisappelés, ni à Quatre-Bras, où Ney les atten-dait; ils servirent même plus à l’ennemiqu’à nous, puisque leur apparition inatten-due sur mon flanc gauche m’avait obligé desuspendre l’attaque de Ligny. Ney, furieuxde se voir privé de la coopération de cecorps, lui envoya l’ordre impératif de reve-nir sur Quatre-Bras [ 1 ]. Ce fut encore unfâcheux contre-temps, puisque, s’il eût con-tinué sa marche, il eût été à portée de tom-ber sur le flanc droit de Bliicher, tandis
leurs ; il a ainsi blâmé une de mes plus habiles
manœuvres.