CHAP. XXII. CAMPAGNE I)E 1815 .
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qu’il arriva à Quatre-Bras à nuit close, etpassa toute la journée à nous tromper réci-proquement dans nos calculs. Cet événe-ment eut de grandes conséquences, car Ney,comptant sur ces trois divisions, avait lancétoutes celles de Reille sur un rayon partrop étendu, et il n’avait plus un bataillonde réserve sous la main. Cependant il avaitrecouvré toute son énergie dans l’extrêmedanger, et. il fût peut-être parvenu à re-pousser les alliés, sans l’arrivée d’un nou-veau renfort de 12 mille Anglais précédé parWellington. La partie n’était plus égale;après d’inutiles efforts, Ney regagna Fras-nes, et les alliés conservèrent Quatre-Bras :lanuitmitfin au combat, qui nous coûta plusde 4 mille hommes et autant aux ennemis.
Je fais suivre les Prussiens par Grouchy , et me portecontre les Anglais .
Bliieher étant battu, je mis Grouchy àses trousses avec 35 mille hommes, pourl’empêcher de se rallier et l’occuper pen-dant que je tournerais mes efforts contreWellington. Le 17 , je me portai par lachaussée de Sombref à Quatre-Bras, avecl’intention d’y attaquer les Anglais de con-cert avec Ney. Mais Wellington, qui avaitachevé de rassembler son armée dans lanuit du 16 au 17, instruit de la défaite desPrussiens, n’osa demeurer à Quatre-Bras etbattit en retraite sur Bruxelles . Nous lesuivîmes jusqu’à Planchenois, où nous arri-vâmes au jour tombant. L’ennemi montraitl’intention de se maintenir en avant de laforêt de Soignes , nous crûmes que ce n’é-tait qu’une arrière garde pour couvrir lamarche de l’armée à travers la forêt ; maisil était trop tard pour engager une affaire.Nous bivouaquâmes près de Planchenois.
Grouchy chargé de poursuivre les Prus-siens, le fit nonchalamment; il ne s’avançaque deux lieues et s’arrêta à Gembloux ,n.
sans savoir même ce qu’était devenu Blü-cher, et s’il s’était retiré sur Liège ou surWavre . Blücher en profita pour réunir àWavre toute son armée, renforcée du corpsde Bulow, le plus nombreux et le plus beaude l’armée prussienne.
Dans la nuit, nous nous convainquîmesque ce n’était pas seulement une arrière-garde, mais bien toute l’armée ennemie quenous avions en face. Wellington était doncdécidé à accepter la bataille; j’en fus ravi.C’était un véritable coup de fortune pournous que les deux armées ennemies se pré-sentassent ainsi isolément dans la lice cha-cune à son tour. J’expédiai, à l’entrée de lanuit, un courrier à Grouchy , avec ordre defaire occuper en toute hâte le défilé de St-Lambert, afin que s’il ne prenait pas unepart active à la fête en tombant sur la gau-chedes Anglais , il pût du moins garder monflanc droit et leur donner des inquiétudes.
Il avait beaucoup plu dans la journéedu 17 et dans la nuit; le temps ne s’éclaircitque vers les huit heures du matin du is;mais les terres étaient tellement détrem-pées qu’il n’y avait pas moyen de manœu-vrer, et qu’il fallut attendre pendant quel-ques heures que le soleil leur eût renduquelque consistance. J’avais reconnu la po-sition que l’ennemi occupait en avant du vil-lage de Mont-Saint-Jean, à l’embranche-ment des routes de Nivelle et de Charleroyà Bruxelles. Elle était belle; c’est un glacistrès-favorable à l’artillerie, et d’où Welling-ton voyait tous nos mouvements. Je crusd’abord convenable d’ordonner l’attaque parla droite sur Papelotte, vers onze heures dumatin; mais Ney, ayant reconnu le terrain,trouva que le ruisseau, quoique faiblementencaissé, formait un bas-fond bourbeux,où il lui serait impossible de passer avec de
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