14
D V CHOIX
DU CHOIX DES PROFILS.
J’aicrû qu il étoit nécefaire pour aider d Je former le goûtfur le choix des Profils , d'en rapporter deux exemplesAntiques & deux Modernes fi dijferens entreux , qu'onpût mieux juger de leur hon ou mauvais ejfet.
A Près avoir parlé des Moulures en général & des Orne-mens qui leur conviennent ; pour faire connoître que la Bdifférence des Profils consiste dans le diffèrent assemblage de Ices mêmes Moulures, j’ai choisi quatre Profils de l’Ordre Ioni- gque , qui est celui qui tient la moyenne proportionnelle entre le Isolide & le délicat, le simple & le riche. J’en ai mis deux an-tiques dont le plus beau est tiré des Thermes de Diocletien,
& par conséquent produit dans un temps où l’Architecture étoit enco-re dans fa pureté : Sc l’autre du Temple de la Fortune Virile qui aété fait, à ce qu’on tient, bien auparavant & fous les Rois deRome, où la connoissance que les Romains pouvoient avoir desArts étoit proportionnée à la puissance de leur République nais-sante. J’en ai aussi rapporté deux Modernes dont le moindre estcelui de Serlio , qui n’a pas acquis ce goût excellent qui se trou-ve dans les Ouvrages de Palladio ; ainsi on peut dire que ces Pro-fils font de quatre differentes maniérés. Celui des Thermes deDiocletien fera nommé de maniéré proportionnée , comme ce-lui de la Fortune Virile est au contraire fort difproportionné : &le Profil de Serlio se trouvera d’une maniéré sèche & mesquineen comparaison de celui de Palladio , qui est d’une maniéré gra-tieuse & d’une élégante proportion.
Pour faire une juste Critique de ces quatre Profils , il les fautobserver f un après l’autre : & commençant par celui du Templede la Fortune Virile, fans avoir égard à l’Ordre qu’il couronne ,dont il ne s’agit pas à présent, mais le considérant en lui-même ,on trouvera que les trois parties qui le composent n’ont point derapport entre elles : que la Frise est extrêmement petite, n’ayantque les deux cinquièmes de la hauteur de la Corniche, & environles deux tiers de celle de l’Architrave : & que cette Corniche aplus de la moitié de l’Entablement : que le Larmier n’a pas la moi-tié de la Cymaise : que le Talon qui le couronne est presque aussifort que le Larmier : que les Denticules font quasi quarrées & plus
Y . 3