DES COMP JRTIMEN S.
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produisent de semblables couleurs trop voisines l’une de f autre, iln’y a qu’à entrer dans l’Eglise des grands Augustins à Paris, & yexaminer le Jubé décoré de Colonnes & de Tables postiches demarbre noir fur un fond de pierre blanche ; au lieu que si le champeût été de brèche, ou de blanc véné de gris, le noir ne feroit pas uncontraste aussi insupportable ; & c'est ainsi qu il en faut user, toutesles fois qu’on est obligé de se servir de marbre noir dans les Ordon-nances des Tombeaux, où ce marbre convient particulièrement.L’Eglise des PP. Bénédictins de S. George Majeur àVenise, bâtie parAndré Palladio, qui est un Ouvrage digne de la réputation quece grand Architecte s’est acquise, ossie un spectacle bien diffèrent ;tous les marbres qui y font employez, font si heureusement assortispour les couleurs, qu’il en résulte une harmonie parfaite, & qu’onne trouve presque point ailleurs dans un si haut dégré d’excellence.L’on peut citer encore pour un des plus beaux exemples decette union des marbres, la Chapelle de Notre-Dame de Pitiédans l’Eglise de saint André de la Va!le à Rome, laquelle renfermeles Tombeaux de quatre Seigneurs de la Maison de Strozzi, quifont l’ouvrage de Michel-Ange. Car pour ce qui se fait présente-ment dans ce genre à Rome, où l’on incruste des Eglises entieresavec des Jaspes de Sicile, & d’autrcs marbres aussi éclatans ; onne peut disconvenir qu’on n’y observe pas assez de repos dans la distri-bution des couleurs de ces disserens marbres, Sc qu’à force devouloir rendre les Bâtimens magnifiques, on leur fait perdre deleur beauté, qui consiste dans cette union si désirable des partiesavec leur tout.
Le marbre s’employé de deux maniérés, pour former les Com-partimens des Lambris , ou par un revêtement de toute leur éten-due , ou par incrustation de tables, quadres Sc saillies postiches fur lapierre , ou fur le stuc qui leur sert de fond. I/une & l’autre de cesmaniérés fe font encore , ou avec des faillies de divers marbresfur un fond dune même couleur, comme anx grands Escaliers duChâteau de Versailles, ou avec des marbres arasez, polis & masti-quez fur des dales ou tranches de pierre, ainsi qu’aux embrasu-res & jouées des portes & croisées du même Château. Les lieux,qu’on peut revêtir entierement de marbre, font les Eglises, Cha-pelles , Vestibules, Salons & Salles à manger ; car pour les piecesdes Appartemens servans à l’habiration, cc n’est pas l’ufage de lesrevêtir de marbre dans toute leur hauteur Sc leur étendue ; on ne
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