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VL LA DIVERSITE
pas encore des obstacles capables de les arrêter, lorsqu’ils avoientune fois conçu le dessein de former un Chemin suivi. De-làvient la quantité d’Aqueducs que l’on retrouve tous les jours.Les uns cachés fous terre, & les autres formans plusieurs rangsd’Arcades à un & jusqu’à trois étages, tel qu’est celui du Garden Languedoc , fur lequel on marche encore , servoient non-seulement à détourner des ravines & des ruisseaux qui auroientpu ruiner les Chemins ; mais souvent encore à joindre deuxmontagnes pour rendre la voye plus droite & plus praticable.C’étoit principalement dans les occasions, où il étoit nécessaire deconstruire des Ponts pour faciliter le passage des rivières , qu’ilsne craignoient pas de faire de grandes dépenses, & l’on admi-re encore un grand nombre de ces Edifices entierement demarbre qui subsistent depuis plusieurs siécles ; l’on remarque queles Romains croient assez dans l’ufage d’en faire les Arches enplein ceintre & extradossées , & les Avantbecs des piles plutôtarondis qu’en triangle. Ils appelloient ces fortes de Chemins quitraversoient des Rivières ou des Marais, Aquatiques : &c’est ainsique nous pouvons aussi appeller nos Ponts, Chaussées , Turcies,Levées, Môles, Digues , Abreuvoirs , Grèves , Ports de Mer& de Riviere , & tous les autres Chemins fondez dans l’eau.
Le Sol de ces grands Chemins antiques, de quelque mauvai-se consistance qu’il fùt, comme de glaise, de vase , ou de toutautre terrain peu solide, étoit ordinairement affermi par les décom-bres & terres jectisses des Villes voisines, & par des matériaux quise trouvoient sur les lieux , ou qui pouvoient y être apportez des en-droits les plus proches. Les Aires des uns étoient faites de gravois& de cailloux maçonnez avec chaux & ciment ; celles des autresd’écailles & d éclats de roche ou de rabot, & celles des plus magni-fiques Chemins, de quartiers de pierre dure à joints incertains qu’onnomme aujourd’hui Pierre de pratique. Il y avoir même des Che-mins doubles, où la voye des charois étoit séparée par une bermeou banquette élevée au milieu pour les gens de pied avec desmontoirs à cheval, & des Pierres Militaires d’espace en espace.Telle étoit la voye Appia dont on rencontre des vestiges con-sidérables , lorsqu’on va de Rome à Naples , & qu’on appro-che de Terracine.
Le premier travail nécessaire pour dresser les grands Chemins,est le transport & vuidange des terres , dont il faut ménager la