Band 
Tome deuxième.
Seite
44
JPEG-Download
 

44 PALAIS, CHATEAUX, HOTELS ET MAISONS.

en fut seul coupable par une sorte dattentat artistique, que nous aurons à exposer età caractériser, quand le cours de notre récit le fera venir sous notre plume.

I Y.

Le comte dArtois vient démigrer ; la nation a mis ses biens sous le séquestre. Lemaire de Maisons, ceint de son écharpe, nous apparaît alors assisté dun greffier et deplusieurs officiers municipaux : il sadresse à M. Ragaiez, le dernier régisseur de Maisonspour le comte dArtois, et lui ordonne de le conduire, lui et ceux qui raccompagnent,dans les plus profonds recoins du château, pour y apposer les scellés. Le château étaitbien sous le séquestre de la nation, il lui appartenait.

Nous venons datteindre laimée 1792 : M. Ragaiez est remplacé par le citoyen et lacitoyenne Cliéron, jouissant de la confiance de ladministration. Le mari et la femme,lisons-nous, recevaient pour leurs soins un traitement de quinze cents livres. Pendantles premières années, les choses allèrent sans trop de difficulté ; mais à peu de temps de, le citoyen Ghéron mourut, et sa veuve, qui avait continué à régir le domaine, présentaau bureau des émigrés de Seine-et-Oise une réclamation de six mille sept cent cinquante-deux livres. On examine, on délibère, et lon décide enfin que ladministration na quàsexécuter ; mais en même temps, on déclare que la République nest pas assez richepour conserver des domaines princiers, et que sil se présentait un acquéreur sérieuxpour le château de Maisons, il faudrait sans hésitation en profiter. En conséquence, ledomaine de Maisons fut mis en vente à titre de bien national et adjugé au citoyenLanchère, pour la somme de huit cent cinquante-trois mille huit cent cinquante-troislivres. Lacquéreur était entrepreneur des transports militaires : son passage au château,bien quayant duré près de huit années, est en réalité très-insignifiant. On doit savoirgré, cependant, au citoyen Lanchère, de lavoir respecté, et cest, à notre avis, tout cequon pouvait demander à un fournisseur des armées de la République .

Après le couronnement de Napoléon et létablissement du premier empire, le duc deMontebello, alors simplement maréchal Lannes, acheta cette propriété. Il nacquitdabord que le bâtiment avec ses dépendances les plus voisines, et peu à peu il complétason acquisition. Il fit de ce beau domaine son séjour de prédilection ; et cétait,quentre deux batailles, il venait se reposer des fatigues de la guerre. Mais lanciennedemeure des Longueil et du comte dArtois, abandonnée à elle-même et déshéritéede soins intelligents pendant la prise de possession du gouvernement national, réclamaitde nombreuses réparations ; le parc, plus que négligé, envahi par la ronce et encombrépar les pousses libres, navait plus dun parc que le nom et ne représentait plus aucundessin ; les terres et les jardins se trouvaient dans le même état. Le maréchal mitson zèle et son amour-propre à rendre à ce domaine princier son antique splendeur,et ses efforts furent couronnés dun entier succès. Mais le dignitaire du nouvel empiretrahit par un détail singulier lorigine de sa fortune ; détail singulier, avons-nous dit,qui embarrassa de plantations, au moins bizarres, une des belles choses du château,