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Tome deuxième.
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66 PALAIS, CHATEAUX, HOTELS ET MAISONS.

oppositions, que les religieuses, dans une requête adressée au corps municipal, exposèrentclairement leur intention d’être utiles à la classe laborieuse, de n’apporter aucune chargeou incommodité aux habitants ; et s’engagèrent à instruire gratuitement les jeunes lilles,non-seulement aux ouvrages de leur sexe, mais encore à leur enseigner la lecture etl’écriture, à leur inspirer l’amour et la crainte de Dieu ainsi que les actions moraleset décentes ; elles s’engagèrent aussi à ne faire aucun ouvrage pour en tirer salaire,mais à consacrer tous leurs travaux à l’utilité et aux nécessités de la maison, promettant,si elles employaient leur industrie pour les autres églises et personnes ecclésiastiques, deles en gratifier en manière de dons, sans en retirer salaire ou récompense. »

Ce fut alors que l’hôtel fut transformé intérieurement : les grandes salles de réceptionfurent distribuées en chapelle, sacristie, parloir et classes pour l’éducation des enfants;et les bâtiments des écuries et remises disposés en buanderie et étendoirs, en chambresde bains, bûchers et autres salles nécessaires aux besoins d’une communauté. C’est direen quelques mots les modifications profondes apportées par les ursulines aux dispositionsintérieures conçues par l’architecte et réalisées par le fondateur de l’hôtel.

Le nouveau couvent ne réussit pas. Des congrégations nombreuses occupaient depuislongtemps la ville de Chartres et des congrégations nouvelles ne tardèrent pas à s’yétablir, malgré l’opposition du corps de ville. Les aumônes et les dons des fidèles allaientaces différents ordres, ainsi que les élèves qui pouvaient payer leur éducation. D’autantplus minime était le revenu des sœurs de sainte Ursule. Mais la congrégation qui leurcausa le tort le plus grand fut celle de la Providence. On avait pour son fondateur, frèrePédoue, une vénération profonde ; elle était soutenue par l’évêque ainsi que par lechapitre et le corps de ville, et elle avait ceci de particulier qu’elle était établie en faveurdes orphelins. Les ursulines ne pouvant suffire à leurs besoins furent supprimées parl’évêque, et les sœurs de la Providence s’établirent dans leur monastère.

Voilà l’hôtel du sieur de Montescot devenu un orphelinat, en 1762, après avoir étéun couvent. Nouvelles modifications apportées à la fois à ses dispositions intérieureset extérieures. Le bâtiment du fond fut surmonté d’une campanile, et l’on fit de vastesdortoirs au premier étage et dans les combles, afin de loger les orphelines et lespensionnaires.

En 1789 fut porté le décret de l’Assemblée nationale qui supprimait les communautésreligieuses, l’ancien hôtel de Montescot était donc appelé à de nouvelles destinées enpassant en des mains différentes. Mais la municipalité ne crut pas que ce décret s’appli-quait à ces religieuses ; leur maison était moins un couvent qu’un pensionnat pour lesjeunes filles et surtout un asile pour les orphelines.

Leur réputation de civisme n’était pas aussi bien établie que leur réputation d’utilité,et en un pareil moment la première valait beaucoup plus que la seconde. On les accusaitde professer des opinions antirépublicaines et de les inculquer à leurs élèves. La munici-palité se transporta donc chez elles le 17 mars 1791, afin de questionner les enfants. Laconstitution civile du clergé avait troublé l’Église française et les consciences se divisaiententre les anciens prêtres et les nouveaux, entre les anciens évêques et les nouveaux,