DU XV e AU XVIII e SIÈCLE. 79
que le saint roi avait fait bâtir. Un siècle après, en 1346, le château est brûlé, brûlépar les Anglais aux débuts de la période de désastres connue sous le nom de guerre deCent ans. La chapelle échappe à l’incendie et demeure debout au milieu des ruinesamoncelées. Vingt ans après, c’est-à-dire en 1366, Charles V rebâtit le château et dèslors y séjourne habituellement. Charles VI lui succède, Charles le fou après Charles leSage, et l’on sait ce que nos éternels rivaux, les Anglais , aidés des Bourguignons, ontentrepris et obtenu pendant son interrègne. Le malheureux roi et sa femme Isabeau ,la Messaline française , se trouvaient à Saint-Germain en 1386 et 1390. Le connétablede Clisson fut au moment d’y périr, en 1391, sous les coups d’assassins dirigés parPierre de Craon. Henri V, roi d’Angleterre, le vainqueur d’Azincourt , s’empara, en1419, du fort de Meulan et du château de Saint-Germain ; mais bientôt, sous le règnede Charles Vil, les Anglais furent chassés de Saint-Germain et de toute la France . Chosebizarre ! comme par manière de compensation, si le défunt roi de France avait été fou,le roi d’Angleterre, alors, était imbécile.
Après ces morts diversement célèbres, nous ne voyons guère ce qu’on pouvait nommeren fait de grands personnages ayant attaché leur nom à l’histoire de ce château, avantd’arriver au monarque dont le souvenir est lié le plus étroitement à ses destinées, c’est-à-dire au roi François I er , à moins qu’il n’y ait intérêt à citer Louis XI et à mentionnerla donation faite au médecin Jacques Coictier, en septembre 1482,des places, châteaux,prévôté et seigneurie de Saint-Germain en Laye et de Trie!. — Coictier, successeur desaint Louis et de Charles V , cela criait vengeance ! Aussi la vengeance ne se lit pasattendre. Sous le jeune Charles VIII , prince facile et encore sans volonté, un arrêt duParlement dépouilla le nouveau maître après la mort de son bienfaiteur.
III
Arrivons enfin à François 1 er dont le règne fut si important pour les destinées deSaint-Germain. On peut le regarder comme le véritable créateur du château auquel ildonna une grande extension afin d’y loger la cour brillante dont il se plut à s’entourer.Voici ce (pie dit, à ce sujet, un des contemporains de ce grand monarque, Androuet duCerceau , dans le premier volume de son célèbre ouvrage : « Les plus excellents bâtimentsde France , édition de 1376. »
« Ce bâtiment est assis sur un lieu assez hault eslevé, prochain de la rivière de Seine ,» à cinq lieues de Paris . Cette place a été tenue par les Anglois durât leur séjour en» France . Depuis, eux, estant déchassez, elle demeura quelque temps sans entretien. Or.» est-il advenu que le Boy François premier trouvât ce lieu plaisant, feit abattre le» vieil bastiment. sans toucher neantmoins au fondement sur lequel il fist redresser le» tout corne on le voit, pour le jourd’huy, et sans rien changer du dit fondement, ainsi» que l’on peut cognoistrc par la court d’une assez sauvage quadrature (1). Ses pare-
(1) Ainsi, le château que nous voyons à présent comprendrait avant tout les anciennes fondations, puis la chapelle desaint Louis, le donjon de Charles V, et enfin les constructions de François I er , complétées et réparées par celles de Louis XIV .