100 PALAIS, CHATEAUX, HOTELS ET MAISONS
un changement total dans les proportions de l’édifice religieux, dont nous laissons àchacun le soin de se faire une idée. Sur ce nouveau sol repose une haute boiserie sculptéequi pourtourne la chapelle ; au-dessus, une galerie de bois portée par des consoles de fera été ajoutée, ainsi qu’une chaire à prêcher d’un goût plus que douteux. I)u côté de lacour, les ouvertures anciennes sont à peu près restées intactes, mais on ne peut en direautant de celles qui se voient au côté opposé, qui sont de construction moderne et beau-coup plus petites, à cause de l’existence des sacristies. Enfin, les voûtes de la chapellesont décorées de compositions dues au pinceau d’Aubin Voiiet. Ces peintures d’un artisted’une certaine valeur, peintures bien dégradées aujourd'hui, ne sont pas cependant, ons’en doute bien, dénuées de tout mérite ; mais appliquées à des formes générales qui neleur conviennent aucunement, elles nuisent, à notre avis, au bon effet décoratif de lachapelle plutôt que d’y concourir (1).
Maintenant que nous avons constaté ces disparates si regrettables, quittons le sanctuairedu xiii e siècle, gâté par le xvn°, pour pénétrer enfin dans l’intérieur des divers bâtimentsdu château. Ici, plus encore que dans les parties que nous venons de parcourir, nousmarcherons de déception en déception. Les derniers habitants du vieux château royal,les indignes successeurs de François I er et de Louis XIV , ont laissé partout les traces deleur fâcheux séjour. Déjà dans la cour nous avions remarqué avec peine les nombreusesinscriptions allongées, diffuses, d’un français terne et sans relief, destinées à toucher età convertir les prisonniers ; à l’intérieur c’est bien autre chose : partout les étages sontoccupés par des planchers secondaires ; partout l’espace est divisé en étroites cellules,en interminables corridors, tortueux et obscurs passages qui s’allongent de chambre enchambre dans toutes les parties de l’édifice ; partout, en un mot, on rencontre la désola-tion, la décrépitude et l’abandon.
Tel est l’état dans lequel se trouvait le château tout entier, il y a quelques années seu-lement, c’est-à-dire au commencement des travaux de restauration. On le voit donc, il yavait fort à faire pour retrouver dans cet amas de constructions de toutes les époques lecaractère propre à chacune d’elles. Nous avons dit plus haut quel est le système de res-tauration adopté par M. Millet avec l’approbation du Conseil supérieur des bâtimentscivils : les ouvrages projetés doivent rendre à la vieille résidence royale l'aspect qu’ellea dû avoir pendant le cours du xvi e siècle, après la reconstruction presque générale qu’ellevenait de subir. François I er donnait alors l’exemple d’une rénovation architecturale dansla disposition des monuments civils du royaume, où la demeure de plaisance va remplacerpartout le château féodal et militaire. Mais on ne rompt pas brusquement avec desusages datant de plusieurs siècles ; malgré les récents voyages de la cour en Italie ,un changement complet, absolu, ne put s’établir du jour au lendemain. Aussi n’a-t-onpas voulu détruire complètement, lors de cette réédification générale, le château de
(1) Aubin Vouët , qui s’était instruit sous son frère Simon, fut un des premiers que celui-ci forma dans sa manière. Il atravaillé à Paris dans le cloître des Feuillants delà rue Saint-Honoré, et ensuite à Saint-Germain en Lnyc, dam la chapelle,et en quelques autres lieux du château. (Voy. Entretiens sur les vies et les ouvrages <ics plus excellents peintres anciens etf'Dieni'rs avec lit vie des architectes , parFélibien. 1725, tome III, page 399.)