ORIGINE DES INSTRUMENS ARATOIRES.
\_j r. s peuples modernes, parvenus, après unelongue série de siècles, à un certain degré decivilisation , jouissent des inventions et desperfectionnemens que l’esprit humain a apportésdans les arts, sans réfléchir combien il a fallude temps, d’efforts, de combinaisons, de cir-constances heureuses, pour découvrir et perfec-tionner un si grand nombre d’instrumens etde machines, qui aujourd’hui centuplent nosforces. Quelle distance immense entre les deuxhâtons employés par l’Indien du Chiloé poursoulever la terre, et entre la charrue de Small ?Quelle économie de force et de temps ! quelledifférence dans les produits !
Si Ion remontait à l’origine des arts, si l’onen suivait les progrès ; si l’on examinait l’in-fluence que les sciences ont eue sur la civilisation,on reconnaîtrait qu’en développant et en per-fectionnant la raison humaine, elles peuventseules élever l’homme, le conduire à un ordresocial plus parfait, et à un degré plus éminentde vertu et de bonheur.
L’oubli des bienfaits que nous avons reçusde nos prédécesseurs , les déclamations contreles lumières, contre les perfectionnemens etles nouveautés utiles dénotent l’ignorance, l’é-goïsme ou lamauvaise foi.C/estainsi que l’hommea été retenu si long-temps dans les liens de l’en-fance ; qu’il a été contraint de s’alimenter pen-dant un grand nombre de siècles avec des fruitsou des animaux sauvages, de se couvrir avec lesdépouilles de ces mêmes animaux, de se logeret de vivre comme eux. La vraie civilisation, àlaquelle nous ne sommes pas encore parvenus,la vertu, la morale ne peuvent se perfectionnerou s’accroître parmi les hommes que par la cul-ture de l’esprit. Le bonheur des individus, butde toute association humaine, sera d’autant plusgrand chez une nation, que les arts et les sciencesseront cultivés par un plus grand nombre d’indi-vidus, et qu’ils auront atteint un plus haut degréde perfection. Vérité qui ressort à chaque époquede l’histoire des nations, et plus encore de celledes arts, et qui réclame une réforme dans l'en-seignement barbare de nos écoles européennes,où en général les mots et les phrases sont sub-stituées aux faits et aux notions positives.J’observerai en passant que l’enseignement mu-Tosr. II.
tuel, lorsqu’il sera bien compris, et qu’on vou-dra en faire l’application à de bonnes méthodes,offrira un moyen d’instruction qui produirades résultats incalculables.
Mais suivons la marche de l’esprit humaindans l’invention et le perfectionnement des in-strumens aratoires. L’homme commença par ob-server qu’une graine tombée en terre se repro-duisait, et donnait des fruits. Il chercha à mul-tiplier celles qu’il avait reconnues propres à sanourriture. Il les recouvrit de terre pour em-pêcher qu’elles ne devinssent la proie des ani-maux. Il aperçut que la végétation était plusactive et les produits plus nombreux , lorsquele sol avait été remué. Il façonna un pieu poursoulever le terrain. Il trouva qu’en employantdeux pieux à la fois , il accélérait son travail.Ainsi il fit usage de la méthode usitée encoreaujourd’hui par les Indiens du Chiloé dansl’Amérique méridionale. Les peuplades gros-sières et ignorantes de cette contrée labourentla terre en tenant de chaque main un pieudont elles placent la pointe contre le sol, etqu’elles enfoncent en appuyant avec leur corps ,sur l’extrémité supérieure. (Voyez planche i,fig. i.) Elles soulèvent ensuite la terre, et la re-tournent comme elles peuvent. Cette manièrede labourer a peut-être donné naissance à celledont on fait encore usage aujourd’hui dans laBiscaye , et dont nous avons présenté la des-cription, article bêche, fig. 3, planche 4 dudernier volume , et qui consiste à employerdeux fourches pour soulever la terre.
L’expérience apprit à quelques hommes quece mode de procéder était long et pénible j etprobablement il leur falut un grand nombre desiècles pour passer d’un instrument aussi im-parfait à un autre qui ne l’était guère moins,puisque l’industrie des Indiens du Chiloé n’apu encore faire un pas qui nous paraît si facile.Une branche de bois crochu forma le premierhoyau dont les hommes se soient servi ( Voyezfig. 2 ). Ce hoyau est figuré sur une médaillede Syracuse où l’on a sans doute conservé letype du premier instrument qui ait été en usagedans une île qui passe pour être le berceau del’agriculture.
L’insuffisance de cet instrument en fit imaginer