Il est facile de concevoir, en étudiant lamarche des inventions humaines, que les pre-mières charrues furent construites avec unebranche d’arbre recourbée. Mais l’histoire nousa transmis la vérité de ce fait. Strabon nous ap-prend que les Albaniens, peuple qui habitaitles bords occidentaux de la mer Caspienne , nelabouraient point de son temps avec un soc defer; mais ils se servaient pour charrue d’uneseule pièce de bois. Yolney rapporte que lemême usage existe encore dans quelques cantonsde la Syrie , pays autrefois si florissant, et rétro-grades .à l’enfance des sociétés humaines, parl’effet du despotisme et du fanatisme religieux.Les premiers inventeurs ajustèrent donc a unattelage d’animaux le pic ou la houe ( Voyezfig. 2 et 6), qu’ils avaient d’abord fait agir avecla seule force de leurs bras. Ils reconnurent,dans l’usage de cet instrument, qu’il serait plusfacile de le diriger, si l’on ajoutait un mancheà sa partie postérieure. Mais combien fallut-il desiècles pour parvenir à cette découverte? Nousvoyons seulement que ce moyen , qui nous pa-raît si simple et si facile à imaginer, n’a pas tou-jours été mis en usage; car il existe plusieursinonumens de l'antiquité , où les charrues n’ontpoint de manches, ou en ont de très-incomplets.Lorsque les hommes sont dans une ignoranceabsolue de tous les arts, et que les objets quifrappent leurs sens sont très-bornés, une inven-tion de ce genre ne peut être produite que parun génie qui, dans d’autres circonstances, auraitpu inventer une vis d’Archimède ou une pompeà feu. La fig. 1 6 ne diffère du hoyeau, (fig- 6), quepar l’addition d’un manche. Elle est copiée d’a-près un camée antique, publiée par Ménétrierdans ses Simbolica Diance Ephesiœ. Emblèmedu travail et de l’industrie, elle donne des le-çons à l’opulence oisive, qui consomme sansproduire. On voit, sur une médaille de la villed’Enna enSicile, publiée par Combe une charruedu même genre tirée par deux serpens consacrésà Cerès. ( Voyezfig. i~). Mais la fig. 18, trouvéesur un tombeau antique, et publiée par Spon,présente une transition immédiate de la houe àla charrue. On a lié vers la partie inférieure dela première, un timon ou flèche, qui donne unecharrue propre à être tirée par les animaux. Lahoue représentée sur une médaille de Syracuse ,que nous avons donnée sous la fig. 2, et celledont se servent les sauvages de F Amérique,//^.3 , sont la représentation fidèle d’une charrueétrusque, que j’ai dessiné d’après un bas-reliefqui se trouve au collège romain de la ville deHome, et que l’on voit ici sous la fig. g. La seuledifférence remarquable est qu’on a ajouté à
cette dernière une pièce de bois qui sert de socet de sep , et un manche très-court en forme decroix. La charrue publiée par Niebuhr, dont leshabitans de la basse Égypte et les Arabes leursvoisins font usage [fig. 20), représente le pic au-quel on a mis un manche avec une ralonge àla flèche. On trouve même une pierre onix dansle Miiflorentinum , qui offre une charrue dont laflèche, le soc et le manche sont formés par uneseule pièce de bois. (Voyez fig. 21).
L’Inde , qui a enfanté sur la terre les élémensde toutes nos connaissances et de toutes noserreurs, conserve encore aujourd’hui son anti-que charrue avec ses préjugés. La forme et l’a-justage présentent quelques variétés , selon lesdiverses positions de cette vaste contrée. Celleque nous représentons ici, sous la fig. 22, a étédessinée par un brame : le sep, dans une positionrapprochée de la ligne verticale, garni sur salace antérieure d’une plaque de fer qui sert desoc, se trouve fixé à l’extrémité de la flèche,où s’élève un manche presque vertical. La char-rue des Arabes de l’Yemen (fg. 2 5 ), qui est pro-bablement d’une haute antiquité, représenteaussi la forme d’une houe, dont la coudure aété prolongée pour recevoir un montant quisert démanché, et l’ancien manche fait les fonc-tions de flèche. L’une de celles que l’on voit fi-gurées sur les monumens de la haute Égypte,est encore usité aujourd’hui dans cette contrée;la flèche forme avec le sep un angle aigu, etelle a un manche composé de deux montansfixés sur les deux côtés du sep, l’un devantl’autre. La traverse avec laquelle il sont unisdans la partie supérieure, sert de prise au con-ducteur qui marche sur le coté. ( Voyezfig. 24.)On emploie dans la basse Égypte une autrecharrue qui a quelque analogie avec celle desArabes et celle de Perse dont nous allons parler.Elle a deux montans placés l’un à côté de l’autreet fixés à l’extrémité du sep. Ce dernier est uni<à la flèche au moyen d’une cheville en fer.
Nous donnerons ici la description de la eliar-ruepersanne {fig. a5), qui nous a été communi-quée par M. Michaux père qui l’avait dessinéeaux environs de Erzerum. Elle diffère descharrue indiennes et arabes, en ce qu’elle pré-sente un manche composé de deux montanscomme celle d’Égypte , tandis que dans les deuxautres le second montant a peu de longueur, etil est seulement destiné à tenir la flèche au sep.Cette charrue est composée d’un sep long de 5 oc. m. et large de i 3 . Il est un peu îtombé danssa partie supérieure. Le soc a 22. c. m. dans salongueur totale. La flèche longue de 12. d. m.est unie au sep par deux montans qui la traver-