DU PRINCE SOLTYKOFF.
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n’était pas suffisant, et qu’il n’en exigeât un second plus décisif. Ilarissonconsentit à faire cette nouvelle épreuve de sa montre; mais, désirant ychanger quelques pièces, il demanda un délai de quatre à cinq mois, qui luifut accordé. Le bureau des longitudes lui donna alors comme à-compte unesomme de 61,500 francs, lui promettant le surplus de la récompense si lesecond voyage avait un plein succès.
Un acte du parlement, en 1762, exigea que Harisson, pour recevoir leprix, expliquât le mécanisme de sa montre et sa méthode aux commissaires.En même temps que cet acte passait dans les deux chambres sans aucuneopposition, le roi y ayant donné son plein assentiment, le duc de Nivernois ,ambassadeur de France , fut invité à faire venir de Paris des personnes ca-pables d’entendre et d’examiner la découverte de Harisson, qui allait êtredévoilée aux onze commissaires. C’était une marque d’estime et d’amitiéqu’on donnait à la France , en même temps c’était un moyen de rendre plusprompt et de généraliser l’usage de cette machine. En conséquence, le mi-nistre, ayant consulté l’Académie des sciences , chargea MM. Camus et Fer dinand Berthoud de se transporter à Londres et de se réunir avec M. deLalande, qui y était allé pour son instruction particulière. Ils virent toutesles machines que Harisson avait faites depuis quelques années, et Berthoud,qui avait d’abord douté du succès de l’artiste anglais , fut forcé d’admirer lesressources de son génie. Cependant, l’explication et la publication du secretde sa dernière machine, qui semblaient prêtes à etre faites, furent retardées.M. Maskelyne, qui soutenait la méthode des longitudes par la lune, etquelques autres commissaires jugèrent qu’il était de leur devoir de s’assurerpar eux-mêmes et par leur propre expérience que les autres ouvriers seraienten état d’exécuter de semblables machines.
Le 9 mai 1763, dit l’astronome Lalande, j’allai avec Ferdinand Berthoud chez Harisson ; il nous fit voir trois montres à longitudes. Ferdinand Bèr-thoud les trouva très-belles, très-ingénieuses et parfaitement bien exécutées;mais il doutait encore de leur parfaite régularité, et il n’en était que plusimpatient de les voir mettre à l’épreuve. Cette satisfaction ne nous fut pasdonnée aussi promptement que nous l’espérions. Les commissaires disaientqu’ils seraient blâmés par le parlement s’ils payaient si cher un secret sanss’assurer par tous les moyens possibles de la réussite et de la sincérité del’auteur. En conséquence, le 13 avril 1763, Harisson fut*requis de faireexécuter d’autres montres à longitudes sous les yeux des commissaires, etpar des ouvriers qui seraient choisis à cet effet, et pour qu’ensuite ces mon-