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Mémoires pour servir à l'histoire des sciences et à celle de l'observatoire de Paris / J. D. Cassini
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DE M. LE GENTIL.

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moussons, les courans et les marées; la description des diffé-rentes routes et des plus courts trajets à faire sur les mersdes Indes ; létude des mœurs, des usages et des sciences desIndiens, peuple si peu connu; tout, dans cette partie delancien monde, noffrait-il pas à notre académicien la plusabondante moisson de recherches utiles à son pays, et biencapables de dédommager amplement les autres et lui-mêmedu peu de succès quil avait obtenu sur le principal objet deson voyage? Cette pensée, sans doute, lui inspira le grandprojet quil conçut et le noble sacrifice auquel il se détermina.Se trouvant tout porté dans les Indes , et un second passagede Vénus devant sy renouveler à huit années de, il prit sur-le-champ son parti. Résigné à un long exil hors de scs foyers,et faisant un nouvel adieu à sa patrie, à ses amis, à safamille, il résolut dattendre dans lInde le second passagede Vénus, cpii ne devait avoir lieu que le 3 juin 1769. Quelcourage! Quelle abnégation de scs gm'its, de ses habitudes,de sa tranquillité, auxquels un savant est peut-être plusattaché que tout autre! M. Le Gentil, trop plein de sonobjet, ne se douta pas heureusement que la calomnie pour-rait chercher à dénaturer ses motifs, à présenter sous defausses couleurs son généreux dévouement. 11 est partout, etdans tous les tems, de ces cœurs jaloux, de ces esprits cha-grins, que les belles actions affligent, que les vertus blessent,et que les meilleures intentions trouvent toujours incrédules.On accusa le savant de ne rester aux Indes que pour y fairele commerce et sy enrichir. O11 neut pas tout-à-fait tort : carnous conviendrons que pendant les dix années de son séjouren Asie , il y amassa le plus riche trésor dobservations astro-nomiques, physiques et politiques dont à son retour il com-posa des Mémoires très-précieux, quil a publiés en deux grosvolumes in-4°. La rédaction de cet ouvrage fut la jouissance